Il y a des hommes qui portent un tablier comme on porte une promesse, et il y en a qui le portent comme on accroche une médaille. Il y a des maçons qui entrent en Loge pour se dépouiller d’eux-mêmes, et d’autres qui y entrent pour se donner de l’importance. Il y a ceux qui viennent chercher la Lumière, et ceux qui veulent seulement être vus dans sa clarté.
Il y a ceux qui travaillent leur pierre brute dans le silence, avec patience, avec douleur parfois, et ceux qui parlent de perfection en oubliant de commencer par eux-mêmes. Il y a des Frères qui bâtissent des ponts, et d’autres qui dressent des murs tout en citant la fraternité. Il y a ceux qui écoutent pour comprendre, et ceux qui attendent simplement leur tour pour parler.

Il y a ceux qui servent la Loge, et ceux qui se servent de la Loge. Il y a ceux qui voient dans le rituel une voie de transformation, et ceux qui n’y voient qu’une mise en scène à répéter. Il y a ceux qui savent que le silence est une discipline, et ceux qui le confondent avec l’indifférence. Il y a ceux qui tendent la main au plus faible, et ceux qui ne serrent que les mains utiles. Il y a ceux qui cherchent à élever l’homme, et ceux qui cherchent seulement à monter en grade.
Car tout est là. La vraie différence ne se lit pas sur un sautoir. Elle ne se mesure pas au nombre d’années, de titres, de décors ou de discours. Elle se voit dans la manière de traiter celui qui ne peut rien offrir en retour, dans la fidélité quand personne ne regarde, dans la parole tenue quand elle coûte, dans l’humilité quand les autres applaudissent, dans la capacité à rester Frère quand l’ego réclame sa couronne.
La Franc-maçonnerie ne transforme pas automatiquement les hommes. Elle leur donne des outils. Encore faut-il accepter de s’en servir sur soi-même. Il y a des maçons qui parlent de Lumière, et il y a ceux qui essaient, chaque jour, d’en laisser un peu derrière eux. Il y a des maçons… et il y a des maçons.
La question n’est pas de savoir depuis combien de temps nous sommes entrés dans le Temple. La vraie question est plus simple, plus rude, plus nécessaire : qu’avons-nous réellement laissé tomber de nous-mêmes depuis que nous y sommes entrés ?


