QUAND LE BALLON ROND ENTRE DANS LE TEMPLE
Il y a des soirs où le monde entier semble suspendu à un ballon. Plus de frontières, plus de débats philosophiques, plus de grandes causes : onze hommes en short deviennent soudain les prophètes d’une nation entière, et le canapé familial prend des airs de colonne du Nord.
Le Mondial de football a ceci de fascinant qu’il révèle l’humanité dans toute sa splendeur… et dans toute sa mauvaise foi. Le supporter est un initié très particulier : il croit à la lumière, mais seulement si l’arbitre siffle dans le bon sens. Il parle de justice, mais réclame un penalty imaginaire avec la ferveur d’un avocat du Temple. Il invoque la fraternité universelle, sauf évidemment contre l’équipe adverse, dont il découvre instantanément les défauts moraux, historiques et capillaires.

Avouons-le : le football est une liturgie profane. Il a ses temples, ses chants, ses processions, ses grands prêtres, ses reliques, ses martyrs et ses hérésies. Le VAR est devenu une sorte d’oracle moderne : tout le monde l’attend, personne ne le comprend, et chacun l’accuse de trahir la vérité révélée.
Le Maçon, lui, devrait regarder cela avec détachement. En théorie. Car en pratique, il peut lui aussi hurler devant un hors-jeu millimétrique tout en expliquant, trois minutes plus tard, que la maîtrise de soi est une vertu fondamentale. Comme quoi, entre le maillet et la télécommande, le chemin initiatique reste semé d’épreuves.
Mais le Mondial nous enseigne peut-être une chose essentielle : l’homme aime les symboles, les couleurs, les rites et les appartenances. Il veut vibrer avec les autres, pleurer avec les autres, espérer avec les autres. Le problème commence lorsque le jeu devient guerre, lorsque le drapeau étouffe l’esprit, lorsque le ballon rond sert à oublier que la vraie victoire n’est pas d’écraser l’autre, mais de se dépasser soi-même.
Dans une loge idéale, on rappellerait peut-être ceci : le terrain est un pavé mosaïque, fait de passes lumineuses et de tacles obscurs. Le joueur y apprend que le collectif vaut mieux que l’ego, que la règle protège le jeu, et que sans respect de l’adversaire, il ne reste qu’une foire d’empoigne en crampons.
Alors oui, regardons le Mondial. Vibrons, rions, râlons, soyons parfois injustes, puisque nous sommes humains. Mais gardons en mémoire qu’un match ne devrait jamais nous faire oublier l’essentiel : la fraternité ne s’arrête pas à la surface de réparation.
Et si vraiment nous voulons tirer une leçon maçonnique du football, la voici : avant de vouloir refaire le monde depuis son canapé, commençons déjà par ne pas insulter l’arbitre.
C’est probablement le premier degré de la sagesse sportive.
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