Il y a des Frères qui montent en grade comme d’autres montent sur une estrade : non pour mieux servir, mais pour être mieux vus.
La franc-maçonnerie leur a donné un tablier, ils en ont fait un uniforme. Elle leur a confié un symbole, ils en ont fait un titre. Elle leur a proposé un chemin d’humilité, ils l’ont transformé en marchepied pour leur ego.
C’est peut-être là l’un des plus grands dangers de nos temples : confondre l’élévation initiatique avec une promotion personnelle.

Car soyons clairs : un grade ne rend pas plus sage. Une charge ne donne pas plus de lumière. Un bijou autour du cou ne remplace ni le travail intérieur, ni la fraternité véritable, ni la capacité à se remettre en question.
Le Maître qui regarde l’Apprenti de haut n’est pas un Maître. C’est simplement un profane qui a appris les mots, les gestes et les décors, sans jamais en comprendre l’esprit.
La hiérarchie maçonnique a son utilité. Elle organise, elle transmet, elle structure. Mais lorsqu’elle devient domination, vanité ou condescendance, elle cesse d’être initiatique pour devenir caricaturale.
Un vrai Maître n’écrase pas. Il élève.
Il ne répond pas par des formules creuses du type : « Tu comprendras plus tard », quand il ne sait pas lui-même. Il a le courage simple de dire : « Je ne sais pas. Cherchons ensemble. »
Voilà peut-être la vraie marque de la maîtrise : ne plus avoir besoin de paraître maître.
Le premier tablier, blanc et simple, devrait rester notre plus grand rappel. Avant les titres, avant les offices, avant les décors, nous sommes tous des pierres encore imparfaites. Et aucune pierre ne devient cubique en méprisant les autres.
La vanité est un métal lourd. Celui qui entre en loge avec elle ressort souvent plus chargé qu’avant.
Alors posons la question franchement : sommes-nous venus en franc-maçonnerie pour polir notre pierre ou pour faire briller notre ego ?
Car un Frère qui collectionne les grades sans apprendre l’humilité ne monte pas. Il s’enfonce avec élégance.
Référence
Texte inspiré de : « Le Maître et le combat contre la vanité », Mario Vasconcelos, A∴ R∴ L∴ Association maçonnique de recherche Quatuor Coronati São Paulo – N°333, 18 novembre 2019.


