On accuse parfois la franc-maçonnerie de cultiver des symboles obscurs, de fréquenter les ténèbres ou de dissimuler quelque rapport secret avec le « démon ».
Mais en Loge, le démon n’a ni cornes ni sabots.
Il a notre visage.
Il est notre orgueil, notre besoin de dominer, notre goût du pouvoir, notre peur de reconnaître nos erreurs. Il est cette part de nous-mêmes que nous préférons projeter sur les autres plutôt que d’affronter.

Depuis toujours, les pouvoirs politiques, religieux ou idéologiques fabriquent des ennemis. Hier, l’hérétique, le sorcier ou le franc-maçon. Aujourd’hui, l’adversaire politique, le croyant, l’athée, le conservateur ou le progressiste.
Le mécanisme reste le même : inventer un coupable pour éviter de se remettre en question. Or la franc-maçonnerie nous invite précisément à faire l’inverse.
Le cabinet de réflexion, le crâne, le sablier ou la mort symbolique ne célèbrent pas le macabre. Ils rappellent à l’initié qu’il est mortel, imparfait, et qu’il doit travailler sur lui-même avant de prétendre éclairer les autres.
Notre véritable adversaire n’est pas une entité surnaturelle.
C’est l’ignorance. Et d’abord l’ignorance de soi.
On peut parler de fraternité et mépriser son frère. On peut invoquer la Lumière et rechercher le pouvoir. On peut dénoncer les dogmes tout en fabriquant les siens.
Le travail maçonnique commence lorsque nous cessons de nous croire du bon côté par nature.
La Lumière ne se proclame pas. Elle se prouve dans la conduite, dans l’écoute, dans le doute, dans la capacité à reconnaître une faute et à respecter celui qui pense autrement.
Ne cherchons donc pas le démon derrière les portes du Temple.
Cherchons-le dans notre vanité, notre intolérance et notre désir d’imposer notre vérité.
Le maillet ne frappe pas le monde. Il frappe d’abord notre pierre. Le ciseau ne taille pas notre voisin. Il rectifie d’abord nos propres aspérités.
Voilà peut-être l’enseignement le plus exigeant de l’initiation : les ténèbres que nous dénonçons avec le plus de force chez les autres sont parfois celles que nous refusons de voir en nous-mêmes.
La Lumière, elle, ne s’impose pas. Elle se construit.


