À peine Guillaume Trichard revenu à la tête du Grand Orient de France, les prises de position de l’obédience commencent déjà à susciter des réactions dans la presse.
Ces derniers jours, deux médias particulièrement marqués à droite, Valeurs actuelles et Boulevard Voltaire, se sont ainsi intéressés aux déclarations du Grand Maître du GODF concernant l’école, la laïcité et les prochaines échéances politiques.
Un intérêt qui en dit sans doute autant sur les positions du Grand Orient que sur les lignes éditoriales de ceux qui les commentent.
LES ÉCOLES HORS CONTRAT AU CŒUR DE LA POLÉMIQUE

Le point de départ de ces réactions est une déclaration particulièrement nette de Guillaume Trichard : selon lui, « les écoles privées hors contrat n’ont pas leur place dans la République ».
Le Grand Orient de France doit d’ailleurs publier prochainement un livre blanc consacré à l’École de la République.
Cette déclaration a immédiatement retenu l’attention de Valeurs actuelles, qui présente le sujet sous un titre mettant en avant une volonté supposée des francs-maçons du Grand Orient de France de « peser sur l’élection présidentielle ».
De son côté, Boulevard Voltaire choisit un angle encore plus offensif avec ce titre : « Le bal(l-trap) de la rentrée est ouvert : le Grand Orient tire sur les écoles hors contrat ».
Le ton est donné.
BOULEVARD VOLTAIRE : UN ÉDITORIAL ASSUMÉ CONTRE LE GRAND ORIENT
L’article de Boulevard Voltaire, publié le 30 août 2026 et signé par sa directrice de la rédaction Gabrielle Cluzel, relève davantage de l’éditorial que du simple compte rendu.
Le média reprend notamment l’annonce par Guillaume Trichard d’un livre blanc consacré à l’école ainsi que ses propos sur l’enseignement hors contrat. (Boulevard Voltaire)
Mais l’article ne se contente pas de discuter cette position.
Il multiplie les formules ironiques et les attaques contre le Grand Orient de France, jusqu’à transformer son sigle GODF en « Grand Désorient de France », et accuse plus largement l’obédience d’avoir contribué à certaines orientations politiques et sociétales du pays. (Boulevard Voltaire)
Nous sommes donc très clairement ici dans un texte d’opinion hostile au Grand Orient de France, plutôt que dans un traitement neutre de l’actualité maçonnique.
UNE VOLONTÉ DU GODF DE PARTICIPER AU DÉBAT PUBLIC
Derrière la polémique sur l’école apparaît toutefois un sujet plus large.
Guillaume Trichard assume la volonté du Grand Orient de France de participer davantage au débat public.
Selon les propos rapportés par Boulevard Voltaire, le GODF entend publier début 2027 ses « espoirs pour la France, l’Europe et le monde », avec l’espoir que certaines de ses propositions puissent inspirer les candidats aux prochaines élections. (Boulevard Voltaire)
L’exemple de la réflexion menée depuis plusieurs années par le Grand Orient autour de la fin de vie est également cité.
Cette volonté n’a d’ailleurs rien de totalement nouveau.
Le Grand Orient de France, qui revendique historiquement une réflexion sur les questions sociales, républicaines et laïques, intervient régulièrement dans le débat public sur des sujets comme :
la laïcité, l’école, les libertés publiques, la bioéthique, la fin de vie ou encore la défense de l’universalisme.
Pour ses détracteurs, cette démarche devient rapidement de « l’influence ».
Pour le Grand Orient, elle relève plutôt de la volonté de faire vivre dans la cité les réflexions conduites dans les loges.
DEUX ARTICLES À REPLACER DANS LEUR CONTEXTE ÉDITORIAL
Il convient surtout de rappeler qui publie ces critiques.
Valeurs actuelles se situe aujourd’hui très nettement dans l’espace médiatique de la droite conservatrice et de la droite radicale. Une étude récente du French News Lab le situe même, selon sa méthodologie d’analyse des positionnements éditoriaux, à l’extrémité droite de son panel de médias français. (Le French News Lab)
Des travaux universitaires de Sciences Po évoquent également l’évolution de sa ligne éditoriale et son rôle dans un espace médiatique où se côtoient désormais droite traditionnelle et extrême droite. (Sciences Po)
Boulevard Voltaire est positionné encore plus clairement.
Le média est généralement décrit comme appartenant à la droite radicale ou à l’extrême droite médiatique française. Plusieurs analyses le rattachent à la galaxie des médias ultraconservateurs qui s’est développée ces dernières années. (Le Monde.fr)
Cela ne signifie évidemment pas que leurs critiques doivent être ignorées.
Mais cela permet de comprendre pourquoi certaines déclarations du Grand Orient de France concernant la laïcité, l’école publique, l’universalisme ou la lutte contre les populismes peuvent susciter chez eux des réactions particulièrement vives.
FRANC-MAÇONNERIE : « INFLUENCE » OU PARTICIPATION AU DÉBAT PUBLIC ?
Derrière ces articles apparaît finalement une vieille question, régulièrement posée lorsqu’une obédience maçonnique prend publiquement position :
jusqu’où la franc-maçonnerie peut-elle intervenir dans le débat politique et sociétal sans être accusée de vouloir exercer une influence ?
La question mérite d’être posée.
Lorsqu’un Grand Maître souhaite que certaines réflexions de son obédience inspirent les candidats à une élection présidentielle, ses opposants peuvent légitimement y voir une tentative d’influence.
Mais une organisation philosophique, associative ou spirituelle qui rend publiques ses propositions participe aussi, comme beaucoup d’autres composantes de la société civile, au débat démocratique.
Il faudra donc surtout attendre de connaître précisément le contenu du futur document annoncé par le Grand Orient de France pour 2027.
Car entre participer au débat public, défendre certaines valeurs et prétendre « peser » secrètement sur une élection, il existe une nuance importante.
Et lorsqu’il est question de franc-maçonnerie, cette nuance mérite probablement plus que jamais d’être conservée.
Sources :
- https://www.bvoltaire.fr/le-ball-trap-de-la-rentree-est-ouvert-le-grand-orient-tire-sur-les-ecoles-hors-contrat/
- https://www.valeursactuelles.com/societe/les-ecoles-privees-hors-contrat-nont-pas-leur-place-dans-la-republique-quand-les-francs-macons-du-grand-orient-de-france-veulent-peser-sur-lelection-presidentielle


