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UN VITRAIL MAÇONNIQUE DE 1902 ENTRE TEMPLE DE SALOMON, MORT ET ÉTERNITÉ

Actualités, Web maçonnique | 23 août 2026 | 0 | by A.S.

Il est des lieux où la franc-maçonnerie se raconte autrement que par les archives, les rituels ou les temples. Dans le comté de Prince Edward, en Ontario, au Canada, une petite chapelle construite au début du XXe siècle conserve ainsi un témoignage particulièrement remarquable : un vitrail maçonnique réalisé en 1902, dont la composition constitue une véritable méditation symbolique sur la vie, la mort et l’éternité.

La chapelle historique du cimetière de Glenwood, à Picton, possède en effet une particularité peu commune. Ses vitraux ne présentent pas l’iconographie chrétienne habituellement associée aux édifices religieux. Ils furent offerts par différentes sociétés fraternelles et initiatiques présentes dans la région et portent leurs emblèmes respectifs.

Parmi eux figure un impressionnant vitrail consacré à la franc-maçonnerie.

UNE CHAPELLE AUX VITRAUX SINGULIERS

La chapelle de Glenwood fut construite en 1901 sur les plans de l’entrepreneur local Frank T. Wright, également associé à la construction du Crystal Palace de Picton.

De dimensions modestes, l’édifice se distingue par une architecture particulièrement soignée : petite tour, ornements de toiture en fer forgé et détails décoratifs lui confèrent une apparence presque romantique.

Mais la véritable singularité du lieu se trouve dans ses fenêtres.

À la différence de nombreuses chapelles funéraires de cette époque, les vitraux de Glenwood furent financés par les sociétés fraternelles du comté de Prince Edward. Francs-maçons et autres organisations fraternelles laissèrent ainsi dans le verre coloré une trace de leur présence dans la société canadienne du début du XXe siècle.

Une collection de cette nature réunie dans une chapelle demeure exceptionnelle.

LA LOGE MAÇONNIQUE COMMANDE SON VITRAIL

À la fin du XIXe siècle, la franc-maçonnerie était déjà solidement implantée dans le comté de Prince Edward.

En novembre 1901, la loge locale décida de commander un vitrail destiné à la nouvelle chapelle. Le budget prévu ne devait alors pas dépasser 85 dollars, somme loin d’être négligeable pour l’époque.

L’œuvre fut finalement réalisée à Toronto en 1902 par la maison N.T. Lyon, entreprise réputée dans le domaine du vitrail.

Mais au-delà de son intérêt artistique, cette fenêtre constitue surtout un remarquable condensé de symbolisme maçonnique.

UN TEMPLE OUVERT SUR LE CIEL

La scène représentée possède une atmosphère presque onirique.

Un sol carrelé semble se prolonger vers un ciel nocturne, donnant l’impression que l’espace terrestre s’ouvre progressivement sur une dimension infinie.

Pour le franc-maçon, cette représentation n’est évidemment pas anodine.

Elle évoque symboliquement le Temple de Salomon, référence centrale de l’imaginaire et des rituels maçonniques.

Le temple n’est alors plus seulement un édifice matériel. Il devient une représentation du cheminement intérieur de l’être humain : celui qui travaille sur lui-même, construit son propre temple et tente de passer progressivement du monde matériel à une compréhension plus spirituelle de son existence.

Dans ce vitrail, architecture, ciel et symboles semblent ainsi établir un passage entre le visible et l’invisible, le temporel et l’éternel.

L’ÉTOILE FLAMBOYANTE

Parmi les principaux éléments représentés apparaît un hexagramme contenant une étoile flamboyante.

L’Étoile flamboyante est l’un des symboles les plus connus de la tradition maçonnique.

Selon les rites et les interprétations, elle peut être associée à la lumière, à la connaissance, à l’intelligence ou encore à cette illumination intérieure que recherche symboliquement l’initié.

Elle rappelle que le travail maçonnique ne consiste pas uniquement à accumuler un savoir.

Il invite surtout à éclairer sa propre conscience.

Dans le contexte funéraire de la chapelle de Glenwood, cette lumière prend naturellement une dimension supplémentaire : elle semble demeurer présente lorsque disparaissent les certitudes du monde matériel.

LE LIVRE OUVERT ET L’ECCLÉSIASTE

Un autre élément essentiel du vitrail apparaît à l’intérieur d’un quadrilobe violet : un livre ou un rouleau ouvert.

Le texte représenté est emprunté au chapitre 12 de l’Ecclésiaste, traditionnellement associé au roi Salomon.

Ce passage biblique constitue une méditation sur la vieillesse, la fragilité de l’existence humaine et l’inéluctabilité de la mort.

Le choix de ce texte dans une chapelle funéraire prend donc tout son sens.

Mais son message dépasse la simple évocation de la disparition physique.

Il rappelle surtout une idée universelle : l’être humain ne doit pas attendre pour donner une dimension spirituelle et morale à son existence.

Le temps passe.

La pierre doit être travaillée tant qu’il est encore temps de la travailler.

L’ÉQUERRE ET LE COMPAS : ENTRE MATIÈRE ET ESPRIT

Sur le texte sacré viennent se superposer deux outils immédiatement reconnaissables :

l’Équerre et le Compas.

Dans l’interprétation proposée autour de ce vitrail, l’Équerre renvoie au monde terrestre, matériel et concret.

Elle rappelle la rectitude nécessaire à l’action humaine et la nécessité de donner une juste mesure à ses actes.

Le Compas ouvre au contraire vers une autre dimension.

Par le cercle qu’il permet de tracer, il peut évoquer l’infini, l’éternité et le domaine spirituel.

La réunion des deux instruments prend alors une signification particulièrement forte.

L’être humain appartient au monde matériel, mais il est également capable de tourner son regard vers ce qui le dépasse.

L’Équerre nous rappelle la Terre.
Le Compas nous invite à regarder au-delà.

UN MESSAGE MAÇONNIQUE FACE À LA MORT

Installé dans une chapelle de cimetière, ce vitrail ne pouvait évidemment ignorer la question de la mort.

Pourtant, sa composition ne semble pas vouloir représenter une fin.

Elle évoque plutôt un passage.

Le pavé conduit vers le ciel.
Le Livre demeure ouvert.
L’Étoile continue de rayonner.
L’Équerre et le Compas réunissent le matériel et le spirituel.

Le langage employé est celui du symbole, et le symbole ne donne jamais une réponse définitive.

Il invite celui qui regarde à poursuivre lui-même la réflexion.

Peut-être est-ce finalement là toute la puissance de cette œuvre créée il y a plus de cent vingt ans.

Dans une petite chapelle canadienne, des francs-maçons ont choisi de laisser aux générations futures non pas un discours, mais une fenêtre.

Une fenêtre de verre et de lumière rappelant à chacun que le temps de l’homme est limité, mais que sa quête de sens peut, elle, regarder vers l’infini.


Source et pour aller plus loin : article de Sarah Hall, « Glenwood Chapel’s Masonic Window », publié dans The Picton Gazette, le 11 février 2026. L’auteure est également à l’origine de l’ouvrage Glenwood Chapel – Secret Societies and their Stained Glass, consacré aux différents vitraux des sociétés fraternelles de la chapelle.

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