Quand les éléments parlent entre eux
Il est des textes qui ne s’analysent pas seulement : ils se respirent, s’écoutent et se méditent. « Quand les éléments parlent entre eux » appartient à cette catégorie rare de planches où la poésie devient langage initiatique, et où la nature elle-même prend la parole pour instruire l’Humanité.
Dans cette fable onirique, Maurice Falcoz convoque les quatre éléments — l’Eau, l’Air, le Feu et la Terre — non comme de simples forces physiques, mais comme des consciences dialoguantes, conscientes de leurs limites, de leurs puissances et de leurs fragilités. Le rêveur éveillé devient témoin d’un débat cosmique, miroir discret mais implacable de nos propres excès.
Le langage secret des éléments

L’Eau ouvre la conversation. Elle se fait tantôt murmure, tantôt fracas, rappelant à l’Homme que ses clapotis comme ses colères sont lisibles pour qui sait écouter. Nourricière et féconde lorsqu’elle est respectée, dévastatrice lorsqu’elle déborde, elle enseigne la loi du juste usage. Sa nostalgie des moulins d’antan évoque un temps où l’énergie était domestiquée sans être violentée.
L’Air, invisible mais omniprésent, revendique sa fonction vitale : combler le vide, transporter les sons, animer les flammes. Il rappelle qu’il peut aussi bien apaiser que déchaîner, porter la brise comme la tempête, et qu’il exige protection et discernement. L’Homme oublie trop souvent que l’invisible est parfois le plus déterminant.
Le Feu, principe moteur et cœur cosmique, confesse ses contrastes : destructeur et réchauffant, lointain et immédiat, saisonnier et éternel. Il reconnaît sa dépendance aux autres éléments pour que la vie advienne. Source de lumière et d’énergie, il n’est jamais innocent lorsqu’il échappe à la mesure.
Enfin, la Terre, silencieuse en apparence, reçoit et subit les alternances, les cycles et les transformations imposées par ses compagnes élémentaires. Elle est le lieu de la synthèse, mais aussi celui de la saturation.
La loi de la tolérance et du seuil
Progressivement, le dialogue glisse vers une mise en garde. Chaque élément avoue son seuil de tolérance. Trop d’impuretés pour l’Eau, trop de gaz étrangers pour l’Air, trop de matières incombustibles pour le Feu : au-delà d’un certain point, l’équilibre se rompt et la vie devient impossible.
Le porte-parole des éléments résume alors une vérité essentielle :
« Humains, gardez-vous des excès de liberté. »
Cette phrase résonne comme une maxime initiatique. La liberté sans mesure engendre la banquise ou l’enfer, la stérilité ou la destruction. Les éléments supportent mal l’hybridation forcée, les mélanges aveugles et les utopies déconnectées du réel.
Une allégorie pour notre temps
Sous la poésie affleure une réflexion profondément contemporaine. Cette planche parle d’écologie, bien sûr, mais aussi de société, de culture et d’harmonie humaine. Elle interroge l’illusion selon laquelle tout mélange serait nécessairement enrichissant, et rappelle que certaines différences ne s’expriment pleinement que dans leur milieu propre.
Maurice Falcoz oppose ainsi le concert naturel, fondé sur l’accord subtil et le dosage, aux dissonances nées de l’excès et de la confusion. L’exotisme, dit-il, devient discordant lorsqu’il est arraché à sa provenance et imposé hors de son contexte.
Le dosage, signature du sage
La conclusion s’impose avec une simplicité presque lapidaire :
« C’est au dosage qu’on reconnaît le sage. »
Cette phrase pourrait être gravée au fronton de toute démarche initiatique. Elle rappelle que la sagesse ne réside ni dans la fusion totale ni dans le rejet, mais dans la mesure, l’écoute et l’équilibre.
« Quand les éléments parlent entre eux » n’est pas seulement une planche poétique : c’est une invitation à réapprendre le langage du monde, à respecter les seuils invisibles et à accorder nos actes au rythme profond de la nature. Une œuvre qui, par le rêve, conduit à la responsabilité — et par la poésie, à la lucidité.
D’après une planche poétique de Maurice Falcoz, Frère de la loge Fidélité et Prudence



