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LES ATHÉES, UNE ESPÈCE EN VOIE DE DISPARITION ?

Planches, Réflexions | 30 mai 2026 | 0 | by A.S.

Non. Mais ils ne sont peut-être plus là où on les attend.

À première vue, la question semble provocatrice. Les athées seraient-ils en train de disparaître, noyés dans le retour du religieux, les crispations identitaires, les spiritualités nouvelles et les grandes recompositions du monde ? La réponse est plus subtile : les athées ne disparaissent pas, mais l’athéisme change de visage.

En France, l’idée d’un effacement des non-croyants ne tient pas vraiment. L’INSEE indique qu’en 2019-2020, 51 % des 18-59 ans en France métropolitaine déclaraient ne pas avoir de religion, contre une part plus faible dix ans auparavant. Chez les 18-49 ans, les personnes « sans religion » sont passées de 45 % à 53 % en dix ans.

Mais attention : “sans religion” ne veut pas forcément dire “athée”. On peut ne pas appartenir à une religion, tout en gardant une croyance vague, une sensibilité spirituelle, une idée du sacré, ou simplement une prudence devant l’invisible. Pew Research rappelle justement que les personnes sans affiliation religieuse regroupent des athées, des agnostiques et des personnes qui ne se reconnaissent dans aucune religion précise.

Le paradoxe moderne : moins de religion, mais pas forcément moins de sacré

Le monde contemporain ne fabrique pas seulement des athées. Il fabrique aussi des chercheurs sans Église, des croyants sans dogme, des spirituels sans temple, des sceptiques qui méditent, des rationalistes fascinés par le symbole.

C’est peut-être cela, le vrai mouvement de fond : la religion institutionnelle recule dans certains pays, mais le besoin de sens demeure.

L’homme moderne ne croit plus toujours comme ses pères, mais il continue de chercher. Il quitte parfois l’autel, mais il ne quitte pas toujours la question. Il abandonne le catéchisme, mais pas nécessairement le mystère.

À l’échelle du monde, la situation est différente

Si l’on regarde la planète entière, le tableau change. Pew Research observait déjà dans ses projections que les personnes religieusement non affiliées pourraient passer de 16 % de la population mondiale en 2010 à 13 % en 2050, non parce qu’elles disparaîtraient brutalement, mais parce que d’autres groupes religieux croissent plus vite démographiquement.

Entre 2010 et 2020, les musulmans ont été le groupe religieux connaissant la plus forte croissance en nombre, tandis que les chrétiens restent le plus grand groupe religieux mondial, même si leur part dans la population mondiale a reculé.

Ainsi, l’athéisme peut progresser culturellement en Europe tout en perdant du poids relatif à l’échelle mondiale. C’est tout le paradoxe : l’athée occidental est plus visible, mais le monde global reste profondément religieux.

L’athée d’aujourd’hui n’est plus toujours militant

L’athée d’hier se définissait souvent contre : contre l’Église, contre le dogme, contre l’autorité religieuse. L’athée d’aujourd’hui est parfois moins combatif, plus discret, plus existentiel. Il ne croit pas forcément en Dieu, mais il ne ressent pas toujours le besoin de faire de cette absence de foi un drapeau.

Il peut être humaniste, scientifique, matérialiste, indifférent, ou simplement détaché. Il ne part pas toujours en guerre contre la croyance. Il demande seulement qu’on ne lui impose pas une vérité révélée.

En ce sens, l’athéisme ne disparaît pas : il se banalise. Et ce qui se banalise devient parfois moins visible.

Le vrai recul n’est pas celui de l’athée, mais celui des certitudes

Peut-être faut-il poser la question autrement. Ce ne sont pas les athées qui sont en voie de disparition. Ce sont les certitudes simples.

Le croyant lui-même doute davantage. L’agnostique refuse de trancher. Le spirituel cherche sans s’enfermer. L’athée n’est plus toujours un démolisseur de temples. Et le religieux n’est plus toujours un gardien de dogmes.

Nous entrons dans une époque où les anciennes catégories deviennent trop étroites. Croire, ne pas croire, douter, chercher, espérer, refuser, pressentir : tout cela se mêle dans des parcours plus personnels.

Et la franc-maçonnerie dans tout cela ?

Pour la franc-maçonnerie, cette question est essentielle. Car elle oblige à distinguer la croyance imposée de la quête libre.

Un athée peut-il chercher la Lumière ? Oui, s’il accepte que la Lumière ne soit pas seulement une réponse, mais un chemin. Un croyant peut-il être fermé à l’initiation ? Oui, s’il croit posséder déjà toute la vérité.

Le problème n’est donc pas de savoir si l’homme croit ou ne croit pas. Le problème est de savoir s’il cherche encore.

Car l’ennemi de l’esprit initiatique n’est pas l’athéisme. C’est la fermeture. C’est l’orgueil de celui qui ne questionne plus rien. C’est la mort intérieure de celui qui ne s’étonne plus.

Les athées ne sont pas une espèce en voie de disparition. Ils sont une figure en mutation.

En France et dans une partie de l’Europe, la distance à la religion progresse. À l’échelle mondiale, les religions conservent une force démographique considérable. Entre les deux, une zone nouvelle apparaît : celle des hommes et des femmes qui ne veulent plus croire par héritage, mais ne veulent pas non plus vivre sans profondeur.

L’avenir n’opposera peut-être pas simplement les croyants aux athées. Il opposera plutôt ceux qui cherchent à ceux qui répètent, ceux qui doutent à ceux qui imposent, ceux qui ouvrent la pensée à ceux qui la ferment.

Et dans ce paysage-là, l’athée sincère, le croyant humble et l’initié véritable ont peut-être plus en commun qu’ils ne l’imaginent : ils savent que la vérité ne se possède pas. Elle se travaille.

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