La tempérance est une vertu discrète. Elle ne fait pas de bruit, ne cherche pas les honneurs, ne s’impose pas par de grandes déclarations. Pourtant, elle est l’une des forces les plus nécessaires au chemin initiatique. Issue du latin temperantia, elle évoque la mesure, l’équilibre, la retenue et la capacité à ne pas se laisser dominer par ses désirs, ses colères ou ses excès.
En franc-maçonnerie, la tempérance n’est pas seulement une qualité morale agréable. Elle devient une véritable discipline intérieure. Elle invite le Maçon à observer ses pensées, à peser ses paroles, à maîtriser ses réactions et à agir avec justesse, aussi bien dans le Temple que dans le monde profane.

Dès la Chambre de Réflexion, le futur initié est placé face à lui-même. Il découvre que le travail maçonnique ne consiste pas d’abord à juger les autres, mais à se connaître, se corriger et se construire. La célèbre maxime maçonnique — « Érigez des temples à la vertu et creusez des cachots pour les vices » — prend ici tout son sens. La tempérance est précisément l’un de ces temples intérieurs que le Maçon doit apprendre à bâtir pierre après pierre.
Elle s’exprime dans la parole, lorsque l’on sait écouter avant de répondre. Elle se manifeste dans l’étude, lorsque l’on avance avec patience au lieu de vouloir tout comprendre trop vite. Elle se révèle dans la fraternité, lorsque l’on refuse de laisser l’orgueil, la vanité ou le sentiment de supériorité troubler l’harmonie de la Loge.
On dit souvent que nous avons deux oreilles et une seule bouche, afin d’écouter davantage et de parler moins. Cette image simple résume une grande part de la tempérance maçonnique. Car le silence, l’écoute et la retenue ne sont pas des signes de faiblesse : ils sont les premiers outils de celui qui travaille réellement sur sa pierre brute.
La tempérance permet aussi de distinguer la force de la brutalité, la conviction de l’entêtement, la connaissance de la prétention. Elle apprend au Maçon que tout savoir doit être reçu, médité, assimilé. L’instruction rituelle, l’enseignement symbolique et la dimension spirituelle de la franc-maçonnerie ne se consomment pas comme des informations rapides. Ils se déposent lentement, comme un mortier qui consolide l’édifice intérieur.
Sans tempérance, le Maçon risque de confondre progression initiatique et ambition personnelle. Il peut vouloir paraître au lieu d’être, accumuler les titres au lieu de cultiver les vertus, parler de lumière sans jamais accepter de regarder ses propres ombres. La tempérance l’aide alors à revenir à l’essentiel : devenir meilleur, non pour dominer, mais pour servir.
Elle est ce ciseau patient qui polit les angles de la pierre brute. Elle discipline les passions, adoucit les excès, calme les impulsions. Elle ne détruit pas l’énergie humaine : elle l’oriente. Elle ne demande pas de renoncer à vivre : elle apprend à vivre avec mesure, lucidité et dignité.
Dans une époque souvent marquée par la vitesse, l’exagération et l’affirmation permanente de soi, la tempérance apparaît presque comme une vertu révolutionnaire. Elle rappelle que la véritable liberté ne consiste pas à faire tout ce que l’on veut, mais à ne pas être esclave de ce qui nous domine.
Le Maçon tempérant devient alors plus patient, plus attentif, plus fraternel. Il apprend à préférer l’équilibre à l’excès, la profondeur au bruit, la maîtrise à la réaction immédiate. C’est peut-être là l’un des plus beaux fruits du travail initiatique : former un homme capable de se gouverner lui-même avant de prétendre agir sur le monde.
Comme le rappelle l’épître aux Romains : « Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais triomphe du mal par le bien » (Romains 12:21). La tempérance maçonnique s’inscrit pleinement dans cette sagesse : elle ne combat pas le vice par la violence, mais par la construction patiente de la vertu.
Référence :
D’après le texte « La tempérance en franc-maçonnerie », publié le 26/11/2020, signé par Bruno Bezerra de Macedo – M∴ M∴, ARLS Adolfo Bezerra de Menezes n°100 – GLMECE, et Elson Levi Eustaquio Pinto – M∴ M∴, Loge Cláudio das Neves n°1939 – GOB – Uberlândia, MG – Brésil.


