LA TABLIÉRITE, CETTE ÉTRANGE MALADIE MAÇONNIQUE
La tabliérite, parfois appelée apronite, est une affection qui touche certains francs-maçons lorsqu’ils finissent par confondre leur fonction, leur titre ou leur décor avec une véritable supériorité personnelle. Elle se manifeste par un gonflement de l’ego, un goût excessif pour les honneurs et une tendance à considérer les autres Frères ou Sœurs comme moins importants parce qu’ils ne portent pas le même tablier, le même cordon ou les mêmes insignes.

Cette maladie peut atteindre les Grands Officiers, les dignitaires de hauts grades et, plus généralement, toute personne nouvellement investie d’une charge prestigieuse, quelle que soit son obédience. Heureusement, dans sa forme légère, elle se soigne facilement par quelques rappels fraternels : une charge est un service, un titre est temporaire et un décor ne prouve aucune supériorité initiatique.
Dans les cas plus sérieux, une remarque plus directe peut être nécessaire : « Mon Frère, ma Sœur, tu portes peut-être un grand tablier, mais cela ne fait pas nécessairement de toi un grand maçon. » L’humour reste souvent le meilleur remède, à condition qu’il soit accompagné de bienveillance.
La prévention passe aussi par un usage raisonnable des décors. Dans sa Loge ou lors d’une visite personnelle, un franc-maçon devrait normalement porter le tablier correspondant à son grade. Les décors de fonction trouvent leur place lorsqu’il agit officiellement comme Grand Officier ou représentant de son obédience. Lors des Convents, assemblées et cérémonies officielles, leur port est naturellement justifié.
La Loge demeure un espace d’égalité et de fraternité. Les responsables obédientiels sont au service des Loges, et non l’inverse. Il est donc utile de rappeler régulièrement que les fonctions passent, que les titres disparaissent et qu’à la fermeture des travaux, il ne reste que la qualité humaine, le comportement et ce que chacun a réellement apporté aux autres.
Pour prévenir la tabliérite, quelques doses régulières d’humilité, de simplicité et d’humour fraternel restent le meilleur traitement. Une méthode saine, efficace et surtout profondément maçonnique.
Texte librement adapté au contexte maçonnique français à partir d’un article de Rui Bandeira publié sur le blog « From Stone ».


