Plus de cent trente ans après les crimes de Whitechapel, l’identité de Jack l’Éventreur demeure l’un des plus grands mystères de l’histoire criminelle britannique. Parmi les nombreux suspects évoqués, Aaron Kosminski occupe une place particulière.
Ce barbier juif polonais, installé dans l’East End de Londres, fut considéré comme suspect par plusieurs responsables de Scotland Yard. Son nom apparaît notamment dans des documents policiers rédigés après les meurtres. Il ne fut cependant jamais inculpé et termina sa vie dans des établissements psychiatriques.

Le châle de Catherine Eddowes
En 2007, l’auteur et enquêteur amateur Russell Edwards acheta un châle présenté comme ayant été retrouvé près du corps de Catherine Eddowes, l’une des victimes de Jack l’Éventreur.
Des analyses génétiques auraient permis d’identifier sur ce tissu un ADN mitochondrial compatible avec celui de descendants de Catherine Eddowes et de la famille Kosminski.
Russell Edwards considère ces résultats comme une preuve de la culpabilité d’Aaron Kosminski. Cette conclusion reste toutefois contestée. La provenance exacte du châle, les risques de contamination et la portée des analyses ADN font toujours débat parmi les spécialistes.
Un lien avec une loge maçonnique
La nouvelle théorie de Russell Edwards repose également sur une photographie ancienne représentant des membres de la Loge d’Israël, une loge maçonnique londonienne accueillant notamment des immigrés juifs.
Parmi les hommes photographiés se trouverait Isaac Abrahams, le frère aîné d’Aaron Kosminski.

Pour Edwards, cette découverte pourrait expliquer comment Aaron aurait eu connaissance de certains symboles ou anciennes obligations maçonniques. Il établit notamment un rapprochement entre les mutilations infligées aux victimes et les châtiments symboliques autrefois évoqués dans certains serments maçonniques.
Ces formulations faisaient référence à la gorge tranchée, au cœur arraché ou au corps séparé en deux. Dans la tradition maçonnique, elles possédaient cependant une valeur symbolique et ne constituaient nullement des instructions destinées à être appliquées.
Une possible dissimulation ?
Russell Edwards avance également que des francs-maçons auraient pu protéger Kosminski afin d’éviter un scandale et une aggravation de l’antisémitisme dans l’East End.
Selon cette hypothèse, son internement psychiatrique aurait permis d’éviter un procès public particulièrement sensible.

Aucune preuve historique décisive ne démontre toutefois l’existence d’une telle opération. L’absence d’arrestation peut plus simplement s’expliquer par le manque de preuves matérielles dont disposait la police victorienne.
Une théorie fascinante, mais non démontrée
Aaron Kosminski reste l’un des suspects les plus connus de l’affaire. Certaines archives montrent que la police s’intéressait réellement à lui, mais elles ne prouvent pas qu’il était Jack l’Éventreur.
Le lien avec la franc-maçonnerie repose principalement sur l’appartenance supposée de son frère à une loge et sur des rapprochements symboliques entre les crimes et d’anciennes obligations maçonniques.
Cette théorie demeure donc fascinante, mais elle doit être présentée avec prudence. À ce jour, aucun élément ne permet d’affirmer avec certitude que les meurtres de Whitechapel furent inspirés ou dissimulés par la franc-maçonnerie.
Une fois encore, le secret maçonnique semble surtout nourrir l’imaginaire entourant une affaire qui, près de cent quarante ans après les faits, continue de résister à toute conclusion définitive.
Références
- Fred Kelly, « Jack the Ripper’s astonishing Freemasonry connection… », Daily Mail, 7 octobre 2024. Article d’origine ayant servi de base à cette publication.
- Russell Edwards, Naming Jack the Ripper: The Definitive Reveal, Rowman & Littlefield, 2024.
- Jari Louhelainen et David Miller, « Forensic Investigation of a Shawl Linked to the “Jack the Ripper” Murders », Journal of Forensic Sciences, 2019.
- David Adam, « Does a new genetic analysis finally reveal the identity of Jack the Ripper? », Science, 2019.


