La présence du cardinal François-Xavier Bustillo, évêque d’Ajaccio, lors d’une rencontre réunissant une centaine de francs-maçons en Corse suscite depuis plusieurs jours commentaires, interrogations et critiques.
Pourtant, derrière l’agitation, une question plus intéressante apparaît : peut-on dialoguer sans renoncer à ses convictions ?
Vu depuis la franc-maçonnerie, c’est peut-être là que se situe l’essentiel.

UNE RENCONTRE MAÇONNIQUE AU COL DE VERGIO
Le 7 août 2026, environ une centaine de francs-maçons appartenant à différentes obédiences se sont retrouvés au col de Vergio, en Corse, à près de 1 500 mètres d’altitude.
Selon Le Canard enchaîné, qui a révélé l’information le 18 août, le cardinal François-Xavier Bustillo faisait partie des invités et y a notamment parlé de paix.
Un cardinal devant une assemblée de francs-maçons : il n’en fallait pas davantage pour provoquer de nombreuses réactions.
Le média catholique Tribune Chrétienne est revenu sur cette polémique en estimant que certaines critiques avaient dépassé les faits : dialoguer avec des francs-maçons ne signifie ni devenir franc-maçon ni approuver la franc-maçonnerie.
LA POSITION DE L’ÉGLISE N’A PAS CHANGÉ
Il serait toutefois faux de présenter cette rencontre comme un changement doctrinal de l’Église catholique.
La position de Rome reste claire.
En 1983, la Congrégation pour la Doctrine de la foi, alors dirigée par le cardinal Joseph Ratzinger, confirmait que le jugement négatif de l’Église envers les associations maçonniques demeurait inchangé et que leur appartenance restait interdite aux catholiques.
Cette position a encore été rappelée en novembre 2023 par le Dicastère pour la Doctrine de la foi.
Sur ce point, il n’y a donc ni révolution ni rapprochement doctrinal spectaculaire.
François-Xavier Bustillo n’a pas adhéré à une loge. Il est allé parler à des francs-maçons.
La différence est essentielle.
DIALOGUER N’EST PAS ADHÉRER
Depuis quand rencontrer quelqu’un signifie-t-il nécessairement partager ses convictions ?
Un franc-maçon peut dialoguer avec un catholique sans devenir catholique. Un catholique peut rencontrer un franc-maçon sans devenir franc-maçon.
Le dialogue ne suppose pas l’effacement des divergences. Il consiste justement à reconnaître qu’elles existent tout en considérant l’autre comme un interlocuteur digne d’être entendu.
Les textes du Vatican concernent l’appartenance à la franc-maçonnerie et l’adhésion à ses principes, non l’interdiction faite à un évêque de rencontrer des francs-maçons.
VU DEPUIS LA FRANC-MAÇONNERIE
D’un point de vue maçonnique, la véritable question est peut-être plus simple :
pourquoi faudrait-il s’étonner que des personnes issues d’univers spirituels ou philosophiques différents puissent se rencontrer ?
La franc-maçonnerie revendique, selon des formes différentes suivant les obédiences et les rites, le travail sur soi, l’écoute, la confrontation des idées et la recherche d’une meilleure compréhension de l’autre.
Que le thème abordé par le cardinal Bustillo ait été la paix n’est donc pas anodin.
Peut-on véritablement parler de paix en refusant de rencontrer ceux qui ne pensent pas comme nous ?
Le dialogue n’efface ni les divergences historiques ni les condamnations de l’Église envers la franc-maçonnerie. Il crée simplement un espace où la parole demeure possible.
DES RELATIONS QUI NE DATENT PAS D’HIER
Cette rencontre ne serait d’ailleurs pas totalement étrangère au parcours du cardinal Bustillo.
Tribune Chrétienne rappelle que lorsqu’il exerçait à Narbonne, le religieux franciscain avait déjà entretenu des contacts avec des milieux maçonniques et aurait participé aux relations entre l’Église locale et certaines obédiences.
Il ne s’agirait donc pas nécessairement d’un geste improvisé, mais plutôt d’une conception du dialogue déjà ancienne chez l’évêque d’Ajaccio.
LA FRANC-MAÇONNERIE, TOUJOURS OBJET DE FANTASMES ?
Cette affaire révèle aussi quelque chose de plus profond.
En 2026 encore, la présence d’un cardinal devant des francs-maçons suffit à faire naître des soupçons de rapprochement ou de compromission.
Comme si rencontrer la franc-maçonnerie devait nécessairement cacher quelque chose.
Le paradoxe est intéressant : les francs-maçons sont souvent accusés de rester enfermés dans leurs temples et de cultiver le secret. Mais lorsqu’une personnalité extérieure vient ouvertement dialoguer avec eux, la rencontre devient à son tour suspecte.
LE DIALOGUE COMME MÉTHODE
Il n’est évidemment pas demandé à l’Église catholique de modifier sa doctrine parce qu’un cardinal rencontre des francs-maçons.
Il n’est pas davantage demandé aux francs-maçons de rechercher une quelconque validation religieuse.
La portée symbolique de cette rencontre se situe ailleurs : la divergence n’interdit pas la rencontre.
Dans une société où les discussions se transforment trop facilement en affrontements, voir un cardinal accepter de s’adresser à une assemblée de francs-maçons mérite sans doute autre chose qu’un procès d’intention.
On peut être en désaccord et se parler.
On peut défendre des convictions différentes et réfléchir ensemble à la paix.
Entre l’adhésion et l’hostilité existe un immense territoire : celui du dialogue.
Le cardinal François-Xavier Bustillo a choisi d’y entrer.
Et puisque sa prise de parole portait précisément sur la paix, il serait presque paradoxal de lui reprocher d’avoir commencé par rencontrer ceux avec lesquels son Église demeure en désaccord.
Dialoguer n’est pas adhérer.
Pour un franc-maçon habitué à écouter une parole avant de la combattre ou de l’approuver, cette distinction possède même quelque chose de profondément initiatique.
Source : Tribune Chrétienne, « Rencontre avec la Franc-maçonnerie : quand les critiques contre le cardinal Bustillo s’emballent », 23 août 2026.


