Dans l’entretien accordé à RFI le 22 avril 2026, Pierre Bertinotti, grand maître du Grand Orient de France, revient sur la présence maçonnique à Madagascar et sur la mission que son obédience entend porter en Afrique. Alors qu’il est en visite dans la Grande Île, où le GODF compte environ 1 500 membres, il réaffirme une ligne claire : faire vivre des valeurs humanistes, universalistes, démocratiques et fraternelles.
Le contexte donne à cette prise de parole une portée particulière. Madagascar traverse encore une période sensible, quelques mois après la révolution Gen Z qui a bouleversé l’équilibre politique du pays. Dans ce climat, la question du rôle de la franc-maçonnerie revient naturellement dans le débat public.

Une franc-maçonnerie de liberté, d’égalité et de dignité
Interrogé sur le message que le Grand Orient de France souhaite adresser à la jeunesse malgache, Pierre Bertinotti rappelle que son obédience est attachée aux libertés individuelles et publiques, à l’humanisme, à l’universalisme et à l’égalité. Ce discours inscrit la franc-maçonnerie dans une tradition de réflexion morale et d’engagement civique, loin des fantasmes ou des caricatures.
À travers cette parole, il ne s’agit pas de soutenir un camp politique, mais de rappeler un principe simple : la dignité humaine doit s’appliquer partout, sans distinction. Pour le GODF, la franc-maçonnerie ne peut être fidèle à elle-même que si elle défend le respect de l’autre, la tolérance et la liberté de conscience.
Dissiper les fantasmes sur la franc-maçonnerie
L’un des points forts de cet entretien est de récuser l’idée d’une franc-maçonnerie réduite à un réseau d’influence. Pierre Bertinotti insiste au contraire sur une double dimension : le travail initiatique sur soi et l’engagement dans la société.
Autrement dit, la démarche maçonnique ne se limite pas au temple. Elle commence par une transformation intérieure, mais elle trouve son prolongement naturel dans la cité. Le franc-maçon est invité à se corriger lui-même, à élever sa pensée, puis à faire rayonner dans le monde profane les valeurs qu’il a approfondies en loge.
Cette mise au point est essentielle dans un pays où la franc-maçonnerie reste parfois entourée de soupçons, de rumeurs ou d’interprétations excessives. Le message de Pierre Bertinotti est clair : l’ordre maçonnique n’a pas vocation à gouverner, mais à contribuer à l’amélioration de l’homme et, par lui, de la société.
Une parole tournée vers le dialogue et la paix
L’entretien aborde également les relations internationales et les recompositions géopolitiques en Afrique. Là encore, Pierre Bertinotti répond sur le terrain des principes : respect de l’autre, dialogue, coopération, recherche d’un cadre multilatéral.
Cette vision s’inscrit dans une tradition maçonnique qui valorise la paix entre les peuples et la responsabilité collective. Elle rappelle que l’universalisme maçonnique ne se limite pas à une idée abstraite. Il invite à penser les relations humaines et internationales à partir de la fraternité, de la justice et de la recherche d’équilibres durables.
Les inquiétudes pour l’Afrique
Pierre Bertinotti évoque aussi plusieurs défis majeurs pour le continent africain : les conflits, les tensions régionales, le changement climatique et le recul de l’aide au développement. Son propos souligne que l’humanisme n’a de sens que s’il s’incarne dans les réalités concrètes.
Cette parole donne à la franc-maçonnerie une dimension pleinement contemporaine. Elle ne parle pas seulement de symboles ou de tradition, mais aussi de responsabilité, de solidarité et d’attention aux peuples confrontés à l’instabilité, à la pauvreté ou à la fragilité institutionnelle.
Ce que révèle cet entretien
Au fond, cette intervention de Pierre Bertinotti à Madagascar rappelle la vocation première de la franc-maçonnerie : transformer l’homme pour contribuer à transformer le monde. L’initiation n’est pas une fuite hors du réel. Elle est un apprentissage de la lucidité, de la maîtrise de soi et de la fraternité.
En réaffirmant que les valeurs humanistes et universalistes doivent pouvoir s’appliquer partout dans le monde, le grand maître du Grand Orient de France replace la parole maçonnique sur son terrain naturel : celui de la conscience, de la dignité humaine et du progrès moral.
Dans une époque traversée par les divisions, les crises et les soupçons, ce rappel n’est pas anodin. Il montre qu’une franc-maçonnerie fidèle à sa méthode peut encore porter une parole utile, exigeante et profondément fraternelle.
Source : Entretien RFI/Apple Podcasts du 22 avril 2026, presse malgache, OCDE, Reuters.


