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EN LOGE, IL Y A CEUX QUI BÂTISSENT… ET CEUX QUI COMMENTENT

Planches, Réflexions | 9 septembre 2026 | 0 | by A.S.

Dans une Loge, tout le monde porte un tablier. Mais cela ne signifie pas que tout le monde travaille de la même manière. Il y a ceux qui construisent, ceux qui doutent, ceux qui cherchent, ceux qui transmettent… et puis il y a ceux qui commentent.

La Franc-Maçonnerie aime parler de tolérance, d’écoute, de fraternité et de liberté de conscience. Sur le papier, tout est magnifique. Dans le Temple aussi, parfois. Mais dès qu’un Frère ou une Sœur pense autrement, écrit autrement, travaille autrement, les vieux réflexes reviennent vite : la petite phrase, le sourire entendu, le jugement à mi-voix, l’insinuation soigneusement déposée entre deux colonnes.

C’est là que commence peut-être le véritable travail initiatique.

Car critiquer n’est pas un problème. Au contraire. Une Maçonnerie sans contradiction finirait rapidement par devenir un club d’autosatisfaction. Celui qui nous dit : « Tu oublies une partie du problème », « ton raisonnement manque de nuance », « regarde aussi ce que tu ne veux pas voir », peut parfois nous rendre un immense service.

Mais encore faut-il distinguer la critique du bruit.

Une critique construit. Une insinuation ronge.

La première apporte des arguments. La seconde apporte du venin. La première oblige à réfléchir. La seconde cherche surtout à diminuer celui qui est en face. Et le plus amusant est que celui qui distribue les leçons de maçonnerie oublie parfois une question élémentaire : que construit-il lui-même ?

Il est facile de commenter la pierre du voisin lorsque l’on tient son maillet dans la poche.

La véritable liberté de pensée ne consiste pas seulement à défendre son droit de penser différemment. Elle consiste aussi à accepter que l’autre puisse emprunter un chemin qui n’est pas le nôtre sans que cela constitue une menace.

Nous prétendons chercher la Vérité tout en sachant qu’aucun d’entre nous ne la possède. Pourtant, combien deviennent soudain propriétaires de la « vraie Maçonnerie » dès qu’un autre raconte une expérience différente de la leur ?

Il faudrait parfois installer à l’entrée du Temple un miroir supplémentaire.

Pas pour vérifier son cordon ou son tablier.

Pour regarder son ego avant d’entrer.

Car le pire « quaquaraquà », pour reprendre cette savoureuse expression italienne évoquant celui qui fait beaucoup de bruit sans véritablement agir, n’est peut-être pas celui qui parle beaucoup. C’est celui qui transforme la parole maçonnique en instrument de supériorité.

Celui qui sait toujours ce que devrait être une bonne Loge, un bon Frère, une bonne planche, un bon rituel, une bonne obédience… mais qui semble avoir oublié que l’initiation commence précisément lorsque l’on cesse de vouloir tailler la pierre des autres.

La Maçonnerie n’a jamais eu besoin d’hommes et de femmes parfaits.

Elle a besoin de bâtisseurs capables de douter d’eux-mêmes.

Capables d’entendre une critique lorsqu’elle est juste.

Capables aussi d’ignorer le bavardage lorsqu’il ne sert qu’à blesser.

Et surtout capables d’accepter cette idée profondément inconfortable : un Frère peut ne pas penser comme moi et avoir malgré tout quelque chose à m’apprendre.

Peut-être même est-ce celui-là qui m’est le plus utile.

Car une Loge où tout le monde pense pareil n’est plus vraiment un atelier.

C’est une chambre d’écho.

Et dans une chambre d’écho, il y a beaucoup de bruit…

mais on construit rarement des cathédrales.

Réflexion inspirée par la chronique de Rosmunda Cristiano, « Uommene, uommenicchie e quaquaraquà: tassonomia di un’estate massonica », publiée le 5 septembre 2026 sur ExPartibus.

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