Avec cette contribution, Gérard L. nous invite à une traversée aussi érudite qu’irrévérencieuse des grands symboles de la Lumière. Sous le titre « De Lucifer à Prométhée – La tragi-comédie des allumeurs de réverbères », le texte propose une relecture volontairement parodique, nourrie de références mythologiques, spirituelles et maçonniques. Lucifer, Prométhée, le G.A.D.L.U., la pierre brute, l’ego, la fraternité et le silence y deviennent les acteurs d’un théâtre symbolique où l’humour sert moins à moquer qu’à décaper les certitudes.
Ce regard, placé sous le commentaire fictif de Maître Eckhart, interroge avec malice notre rapport à la Lumière : celle que l’on reçoit, celle que l’on croit porter, celle que l’on vole parfois aux dieux, et surtout celle que l’on cherche trop souvent à l’extérieur de soi. Derrière la farce métaphysique et les formules mordantes, se dessine une vraie question initiatique : faut-il encore allumer des réverbères lorsque la véritable Lumière attend déjà dans le silence intérieur ?
Une contribution libre, piquante et profondément symbolique, à lire comme un clin d’œil spirituel autant que comme une méditation maçonnique sur l’illusion, l’ego et la fraternité.

DE LUCIFER À PROMÉTHÉE – La tragi-comédie DES ALLUMEURS DE RÉVERBÈRES
Une relecture parodique commentée par Maître Eckhart
I. Le Mythe : L’Art de ne pas conclure
Le texte nous enseigne qu’un mythe est un récit mettant en scène les forces de la nature sous l’apparence de dieux ou de héros. Il se situe dans une dimension intemporelle, bien avant que l’homme n’invente la montre et le temps historique. Contrairement à la fable qui vous impose une morale comme une amende forfaitaire, le mythe reste « ouvert à toute interprétation ». C’est, en somme, le terrain de jeu idéal pour ceux qui aiment parler sans jamais avoir à conclure. Mircea Eliade rappelle d’ailleurs que c’est le récit d’une création, mais dans les temps modernes, c’est devenu n’importe quelle construction imaginaire servant de référence à la conscience collective.
L’œil de Maître Eckhart :
Le Maître observe cette définition avec un amusement certain.
« Vous vous épuisez à définir le « sacré » et le « temps primordial ». Mais pourquoi chercher Dieu dans un passé poussiéreux ou dans des exploits de super-héros surnaturels ? Si votre âme était aussi vide qu’une église un lundi matin, vous verriez que le Verbe ne demande pas un récit de création, il demande à naître en vous, ici et maintenant. Vos mythes sont des bibelots intellectuels pour meubler le vide de votre esprit. »
II. Lucifer : Le Coursier de la Lumière Divine
Dans les loges, on ne se contente pas d’allumer l’électricité ; on procède à « l’allumage des feux ». On dit de l’initié qu’il a « reçu la lumière ». Mais attention au malentendu ! Il s’agit de la lumière de Lucifer, dont le nom latin signifie simplement « porteur de lumière ». Le texte précise qu’il n’est qu’un porteur : il n’est que le vecteur d’une lumière qui possède une autre source. C’est un intermédiaire, un coursier qui apporte un festin qu’il n’a pas cuisiné.
Le sarcasme d’Eckhart : « C’est fascinant, » ricane le Maître. « Vous vous prosternez devant le facteur en croyant adorer la lettre. Vous vénérez une « lumière artificielle » et un ange déchu parce que vous avez peur de la vraie Lumière qui, elle, n’a besoin de personne pour briller. Une lumière que l’on peut porter, c’est une lumière qu’on peut perdre. Cherchez plutôt la Lumière qui est votre source, et laissez Lucifer à ses livraisons. »
III. Prométhée et Lucifer : Le Match des Plagiaires
Le texte souligne des coïncidences trop flagrantes pour être honnêtes entre la mythologie grecque et les récits abrahamiques :
- Le CV : Avant leur chute, l’un est le chouchou de Zeus, l’autre le bras droit de Dieu.
- Le Délit : Tous deux violent l’ordre divin en complicité avec l’homme créé d’argile.
- Le Cadeau : L’un offre le feu, l’autre le fruit de l’Arbre de la connaissance.
- La Facture : À cause de la curiosité de Pandore ou d’Ève, l’humanité gagne le droit de souffrir mille maux.
C’est la grande tragédie du « cadeau empoisonné » : on vous offre la connaissance, mais on finit enchaîné ou banni.
Le commentaire d’Eckhart : « Voilà ce qui arrive quand on veut « voler » la connaissance. Vous vous retrouvez avec un foie dévoré chaque matin par un aigle. Vous appelez cela un « don de connaissance », mais la vraie connaissance consiste à désapprendre tout ce que vous croyez savoir. Ces deux-là ne sont que des rebelles de pacotille qui ont simplement remplacé une dépendance par une autre. »


