La tension monte autour du Suprême Conseil du 33e degré pour la République de Cuba. José Ramón Viñas Alonso, que ses Frères continuent de reconnaître comme Souverain Grand Commandeur, a été interrogé par la Sécurité de l’État avant de se voir imposer une nouvelle mesure cautélaire. Derrière son cas personnel se pose une question essentielle : qui doit décider de la gouvernance d’une institution maçonnique, les francs-maçons eux-mêmes ou l’État ?
Un nouveau chapitre vient de s’ouvrir dans le conflit qui oppose depuis plusieurs mois le Suprême Conseil du 33e degré pour la République de Cuba aux autorités cubaines.
Le 18 août 2026, José Ramón Viñas Alonso a comparu dans le commissariat d’Infanta et Manglar, à La Havane, après avoir été convoqué pour un supposé délit de « désobéissance ».

La convocation avait été remise la veille à son domicile. Selon CubaNet, elle lui demandait de se présenter devant un officier identifié comme instructeur pénal du Département des délits contre la Sécurité de l’État.
À l’issue de cet interrogatoire, le responsable maçonnique est ressorti avec une nouvelle mesure cautélaire.
Il doit désormais se présenter devant les autorités chaque mercredi à 14 heures afin de signer un registre et fait également l’objet de restrictions concernant ses déplacements. Les médias cubains indépendants ayant relaté l’affaire indiquent notamment qu’il ne peut quitter La Havane ni le territoire cubain.
Une situation d’autant plus lourde que José Ramón Viñas Alonso faisait déjà l’objet d’une autre procédure relative à une accusation de « trafic de devises ».
Quand un conflit maçonnique devient une affaire de Sécurité de l’État
C’est précisément ce que ne comprend pas José Ramón Viñas Alonso.
À sa sortie de l’interrogatoire, il s’est interrogé publiquement sur la transformation de ce qu’il considère comme un différend essentiellement administratif entre le ministère cubain de la Justice (MINJUS) et le Suprême Conseil en une affaire intéressant désormais directement la Sécurité de l’État.
Pourquoi une question concernant la direction d’un Suprême Conseil maçonnique mobilise-t-elle les services chargés de la sécurité politique du pays ?
Pour Viñas Alonso, une partie de la réponse pourrait se trouver dans la place particulière occupée par la franc-maçonnerie dans l’histoire cubaine : son ancienneté, son prestige et surtout sa capacité à réunir des hommes autour d’une organisation possédant ses propres structures et règles.
Car derrière la situation personnelle du Souverain Grand Commandeur se dessine désormais un conflit beaucoup plus profond : celui de l’autonomie de la franc-maçonnerie cubaine.
Plus d’une centaine de francs-maçons réunis pour défendre leur institution
Dix jours avant l’interrogatoire, la tension était déjà devenue particulièrement visible.
Le 7 août 2026, plus d’une centaine de francs-maçons se sont rassemblés au siège du Suprême Conseil à La Havane, parfois appelé la « Cathédrale écossaise », afin d’apporter leur soutien à José Ramón Viñas Alonso.
Selon CubaNet et CiberCuba, une représentante de la Direction des associations du ministère de la Justice s’était rendue dans les locaux accompagnée de plusieurs fonctionnaires afin de demander à Viñas Alonso de quitter ses fonctions.
Le ministère entendrait désigner un responsable intérimaire dans l’attente de nouvelles élections.
Mais les francs-maçons présents ont manifesté leur opposition.
Dans les vidéos et témoignages diffusés par les médias cubains indépendants, plusieurs slogans auraient notamment été lancés :
« Pas d’ingérence ! »
« Pas d’intromission ! »
ou encore :
« Les francs-maçons décident des affaires des francs-maçons. »
Au-delà de leur caractère spectaculaire dans le contexte cubain, ces quelques mots résument pratiquement toute l’affaire.
Qui peut choisir un Souverain Grand Commandeur ?
Le différend porte en effet sur la légitimité même de José Ramón Viñas Alonso à demeurer à la tête du Suprême Conseil.
Les autorités cubaines ne le reconnaissent plus dans cette fonction et s’appuient notamment sur une décision administrative confirmée par le Tribunal suprême populaire.
Selon les informations publiées par CubaNet, le ministère de la Justice estime notamment qu’il aurait dépassé la durée autorisée dans ses fonctions.
Mais, du côté des membres du Suprême Conseil qui le soutiennent, l’argument est tout autre : José Ramón Viñas Alonso aurait été élu conformément aux règles internes de l’institution, et il n’appartiendrait donc pas au pouvoir politique de choisir celui qui doit le remplacer.
Viñas Alonso lui-même distingue d’ailleurs les deux plans.
Il reconnaît que les autorités cubaines peuvent juridiquement refuser de le considérer comme Souverain Grand Commandeur, tout en affirmant que, maçonniquement et fraternellement, ses Frères continuent à le reconnaître comme tel.
Une distinction qui pourrait sembler subtile mais qui, en franc-maçonnerie, touche au cœur même du problème.
Car une obédience, une Grande Loge ou un Suprême Conseil repose précisément sur ses propres constitutions, ses règlements et les décisions de ses membres.
L’Alta Cámara devrait se prononcer
José Ramón Viñas Alonso affirme ainsi que son avenir ne doit être décidé ni personnellement par lui-même ni par l’État.
Selon ses déclarations rapportées par CiberCuba, l’Alta Cámara, instance dirigeante du Suprême Conseil, doit examiner la situation au cours du mois de septembre 2026 et décider notamment de l’éventuelle organisation de nouvelles élections.
Pour le responsable maçonnique, ce sont donc bien les mécanismes internes et les votes de l’institution qui doivent déterminer la suite.
La question prend alors une dimension presque universelle pour la franc-maçonnerie :
jusqu’où un État peut-il intervenir dans l’organisation interne d’une institution maçonnique ?
Une tension qui remonte notamment à 2021
Les difficultés rencontrées par José Ramón Viñas Alonso ne datent pas du mois d’août 2026.
Les médias indépendants cubains font remonter une étape importante du conflit à juillet 2021, après les manifestations historiques du 11 juillet qui avaient traversé plusieurs villes cubaines.
À cette époque, la Haute Chambre du Rite aurait approuvé l’envoi d’une lettre ouverte au président Miguel Díaz-Canel, critiquant notamment la réponse du pouvoir aux manifestations.
Viñas Alonso avait alors été convoqué par la Sécurité de l’État.
Depuis, selon les médias ayant suivi son dossier, les interrogatoires, procédures administratives et judiciaires se sont multipliés.
En 2025, le ministère de la Justice avait déjà cherché à modifier la direction du Suprême Conseil.
Une procédure pénale pour supposé « trafic de devises » avait également été ouverte contre José Ramón Viñas Alonso. Les faits rapportés concerneraient notamment un échange de devises réalisé sur le marché informel, opération que ses soutiens présentent comme liée aux besoins financiers de l’Asile national maçonnique.
La franc-maçonnerie cubaine face à une question essentielle : son indépendance
L’affaire dépasse donc largement la personnalité de José Ramón Viñas Alonso.
Elle pose une question que les francs-maçons connaissent depuis que la Maçonnerie moderne existe : celle de l’indépendance de l’Ordre à l’égard du pouvoir politique.
La situation cubaine possède évidemment ses particularités historiques et juridiques.
La législation du pays soumet les associations, dont les structures fraternelles, à un contrôle important de l’administration. Le ministère de la Justice dispose ainsi de compétences concernant leur reconnaissance et leur fonctionnement légal.
Les autorités invoquent donc le respect de la législation et de décisions administratives et judiciaires.
Mais les francs-maçons mobilisés autour du Suprême Conseil défendent, eux, un autre principe : celui selon lequel la légitimité maçonnique d’un dirigeant doit procéder des institutions maçonniques elles-mêmes et du vote de leurs membres.
C’est probablement là que réside le véritable enjeu.
« Les francs-maçons décident des affaires des francs-maçons »
Cette phrase entendue lors du rassemblement du 7 août pourrait finalement devenir le symbole de cette crise.
Elle dépasse même largement les frontières cubaines.
Car quelles que soient les sensibilités maçonniques, les rites ou les conceptions politiques des uns et des autres, la capacité d’une institution initiatique à choisir librement ses dirigeants et à appliquer ses propres règles demeure l’une des conditions fondamentales de son indépendance.
À Cuba, ce principe se retrouve aujourd’hui confronté directement aux prérogatives revendiquées par l’État sur les associations.
L’avenir immédiat du Suprême Conseil devrait maintenant se jouer en partie en septembre, lorsque ses instances internes auront à se prononcer sur la suite à donner à la direction de l’institution.
Mais l’affaire José Ramón Viñas Alonso dépasse désormais largement la simple question de savoir qui occupera le fauteuil de Souverain Grand Commandeur.
Elle pose une interrogation beaucoup plus fondamentale :
une franc-maçonnerie peut-elle réellement demeurer libre lorsque le pouvoir politique prétend intervenir dans le choix de ceux qui la dirigent ?
Une affaire à suivre de très près.
Sources : CubaNet, CiberCuba et Diario de Cuba – août 2026.


