La franc-maçonnerie proclame volontiers l’universalité de l’homme. C’est magnifique. Mais, dans le monde profane, l’universel est aujourd’hui prié de présenter son passeport, de vider ses poches et de patienter derrière la ligne jaune.
Alors que les discours identitaires et les politiques de fermeture gagnent du terrain, une question s’impose : peut-on célébrer la fraternité universelle tout en construisant des murs toujours plus hauts ?

En loge, tout paraît simple. Nous formons une chaîne d’union, nous parlons de l’humanité comme d’une seule famille et nous affirmons que chaque être humain possède la même dignité. Puis la tenue se termine, chacun rallume son téléphone et l’humanité se divise soudain en deux catégories : ceux qui sont nés du bon côté de la frontière et ceux qui auraient dû mieux choisir.
L’étranger réel est moins confortable que l’étranger symbolique. Il ne se présente pas toujours bien vêtu, ne connaît pas nos usages et arrive parfois sans papiers, sans argent et sans mots pour raconter son histoire. C’est précisément là que commence l’épreuve de la fraternité.
Aimer l’humanité en général est facile. Elle ne sonne jamais à la porte, ne demande pas de chambre et ne dérange pas nos certitudes. La difficulté commence avec l’être humain concret.
Bien sûr, une société a le droit d’organiser ses frontières, de lutter contre les trafics et de garantir la sécurité. Mais la fermeté ne dispense jamais de l’humanité. Une règle peut être nécessaire sans devenir humiliante. Une frontière peut exister sans transformer celui qui la franchit en menace.
Le franc-maçon possède une équerre, un niveau et un compas. Aucun rituel ne lui remet de truelle pour cimenter les préjugés. Son travail consiste justement à résister aux réponses trop simples, à mesurer ses peurs et à reconnaître l’homme derrière l’étiquette.
La fraternité n’est pas une décoration que l’on suspend dans le Temple. Elle n’a de valeur que lorsqu’elle devient inconfortable.
Nous pouvons continuer à proclamer que l’humanité forme une seule chaîne. Mais encore faut-il éviter d’en retirer les maillons qui nous dérangent.
Car il est toujours possible de contrôler les passeports à l’entrée d’un pays. Il devient beaucoup plus inquiétant de contrôler les origines à l’entrée de notre conscience.
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