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APPRENDRE À SE TAIRE EN LOGE : L’ART MAÇONNIQUE DE LA PAROLE JUSTE

Planches | 5 mai 2026 | 0 | by A.S.

La tenue avait été riche, dense, peut-être un peu longue. Comme souvent, chacun attendait avec plaisir le moment de fraternisation qui allait suivre. Pendant les travaux, les Apprentis et les Compagnons avaient gardé le silence, conformément à l’usage. Ils avaient observé, écouté, retenu peut-être certaines questions, certains étonnements, certaines incompréhensions. Puis, une fois la séance terminée, la parole s’est libérée naturellement.

Dans le Temple que l’on range, puis autour de l’agape fraternelle, les échanges reprennent vie. Certains reviennent sur un détail du rituel qu’ils n’avaient pas bien compris. D’autres posent des questions sur une intervention entendue pendant les travaux. D’autres encore parlent de choses plus simples, plus légères, comme il convient aussi de le faire entre Frères et Sœurs. Après le silence de la tenue vient le temps de la parole partagée.

Mais cette différence entre la parole en Loge et la parole après les travaux est essentielle à comprendre.

En Loge, on ne parle pas comme dans le monde profane. On ne coupe pas la parole. On ne réagit pas immédiatement. On ne se contente pas d’un « excusez-moi » pour s’autoriser à intervenir. Celui qui souhaite parler doit attendre que l’orateur ait terminé, demander la parole selon les formes prévues, puis attendre qu’elle lui soit accordée par le Vénérable Maître.

Cette règle peut sembler stricte. Pourtant, elle est profondément formatrice. Elle apprend à réfléchir avant de parler. Elle oblige à être clair, concis et juste. Elle interdit les paroles lancées trop vite, les réactions d’humeur, les réponses improvisées, les commentaires inutiles ou les débats qui tournent à la confrontation personnelle.

Dans une discussion maçonnique, chacun intervient une fois sur un sujet donné. Il n’y a pas de droit de réponse immédiat, pas de surenchère, pas de volonté de reprendre la parole pour corriger, compléter ou contredire sans fin. Chacun offre sa pensée, puis écoute celle des autres. À la fin, le Vénérable Maître rassemble ce qui a été exprimé et donne à l’échange son équilibre.

C’est ainsi que la Loge enseigne la parole juste.

Le silence des Apprentis et des Compagnons n’est donc pas une punition. Il n’est pas non plus une mise à l’écart. Il est une école. Une manière d’apprendre par l’observation avant d’agir soi-même. Avant de prendre la parole en Loge, il faut avoir vu comment elle circule, comment elle se reçoit, comment elle s’offre. Il faut avoir compris que parler n’est pas seulement produire des mots, mais participer à l’harmonie d’un ensemble.

Lors d’une agape, un Maître racontait quelques souvenirs anciens. L’ambiance était détendue, fraternelle. Un Apprenti, homme mûr et visiblement cultivé, avait manifestement quelque chose à ajouter. Il interrompit alors le récit avec politesse : « Donnez-moi juste une seconde… » Puis il apporta un détail, compléta l’histoire, ajouta une précision intéressante, avant de rendre rapidement la parole.

Le Maître poursuivit. Quelques minutes plus tard, le même Apprenti intervint de nouveau : « Si vous me le permettez, mon Frère… » Et il ajouta encore une remarque, pertinente sans doute, mais de nouveau placée au milieu du propos d’un autre.

Autour de la table, quelques Maîtres échangèrent alors des regards discrets et des sourires bienveillants. Rien de moqueur. Rien de sévère. Seulement cette compréhension silencieuse de ceux qui savent que l’apprentissage demande du temps. On aurait presque pu lire dans leurs yeux : « Il apprendra. Nous sommes tous passés par là. »

Car il est bon qu’un Apprenti ou un Compagnon ait quelque chose à dire. La franc-maçonnerie ne cherche pas à fabriquer des êtres muets, mais des êtres capables de parler avec mesure. L’agape est justement un lieu idéal pour apprendre cette liberté de parole, dans un cadre plus souple que celui de la tenue. On y découvre peu à peu comment intervenir sans envahir, comment compléter sans interrompre, comment partager sans imposer.

La parole maçonnique ne consiste pas à briller. Elle consiste à éclairer.

J’ai moi-même failli dire un mot à cet Apprenti. Lui rappeler peut-être qu’il n’est pas toujours nécessaire d’intervenir, même lorsque l’on sait quelque chose. Lui expliquer que la parole gagne en force lorsqu’elle respecte le rythme de celui qui parle. Mais je me suis retenu.

Après tout, on dit souvent qu’en franc-maçonnerie, tout s’apprend et rien ne s’enseigne. Cette formule ne signifie pas qu’il n’y a pas de transmission. Elle signifie que la vraie compréhension ne peut pas être imposée de l’extérieur. Elle doit naître intérieurement, au rythme de chacun, par l’expérience, l’observation, l’erreur parfois, et la maturation.

Cet Apprenti aura d’autres occasions de comprendre par lui-même. Comme nous les avons tous eues.

Je me suis alors souvenu de mes propres débuts, non sans un léger embarras. Moi aussi, j’ai parlé trop vite. Moi aussi, j’ai parfois voulu compléter, corriger, préciser, intervenir au mauvais moment. Moi aussi, j’ai dû apprendre que le silence n’est pas une absence, mais une présence maîtrisée.

Et je continue de l’apprendre.

Car apprendre à se taire n’est pas facile. Cela demande de la patience, de l’humilité et une certaine discipline intérieure. Se taire, ce n’est pas renoncer à penser. C’est accepter que toute pensée n’a pas besoin d’être immédiatement formulée. C’est comprendre que l’écoute construit parfois davantage que la parole.

En Loge, le silence n’éteint pas l’intelligence. Il la prépare.

Il permet à la parole de devenir plus rare, donc plus précieuse. Il apprend à distinguer ce qui doit être dit de ce qui peut attendre, ce qui éclaire de ce qui encombre, ce qui construit de ce qui flatte simplement notre besoin d’exister aux yeux des autres.

Voilà peut-être l’une des grandes leçons maçonniques : savoir parler est important, mais savoir se taire l’est tout autant.

Le Maçon apprend peu à peu que la parole juste n’est pas celle qui s’impose, mais celle qui arrive au bon moment, avec la bonne mesure, dans le respect de l’autre et de l’harmonie commune.

Et c’est souvent dans ce silence d’abord difficile, puis fécond, que commence véritablement le travail initiatique.

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