Voilà une question qui peut déranger.
Un franc-maçon devrait-il être un meilleur citoyen que celui qui ne l’est pas ?
Pas plus intelligent.
Pas plus vertueux par nature.
Pas détenteur d’une quelconque supériorité morale.
Mais peut-être… plus exigeant envers lui-même.

Car enfin, à quoi serviraient les heures passées en loge, les rituels, les symboles, les serments, les discours sur l’honneur, la justice, la tolérance et la fraternité, si tout cela disparaissait dès que les portes du temple se referment ?
Le texte Le franc-maçon en tant que citoyen rappelle une évidence parfois inconfortable : les devoirs civiques du maçon sont exactement les mêmes que ceux de tous les autres citoyens.
Respecter la loi.
Participer à la vie de la cité.
S’intéresser à l’éducation.
Défendre les libertés.
Contribuer à la paix sociale.
Mais le franc-maçon prétend y ajouter quelque chose : la parole donnée.
Et c’est là que commence le problème.
On ne peut pas passer son temps à célébrer l’intégrité dans le temple et pratiquer l’arrangement avec sa conscience au-dehors.
On ne peut pas parler de tolérance entre deux colonnes et devenir sectaire dès que quelqu’un pense autrement.
On ne peut pas invoquer la fraternité le soir et mépriser son voisin le lendemain matin.
Sinon, le rituel devient du théâtre.
Et le tablier… un costume.
La franc-maçonnerie interdit traditionnellement les querelles politiques dans la loge. Elle ne demande pourtant pas au franc-maçon de devenir un citoyen silencieux. Bien au contraire : le texte insiste sur son devoir de s’intéresser à la cité, à l’éducation et à la liberté de conscience.
Ne pas faire de politique en loge ne signifie pas ne plus avoir de conscience dans la cité.
C’est même peut-être tout l’inverse.
L’initiation ne donne aucun privilège moral.
Elle crée une responsabilité supplémentaire.
Car celui qui affirme travailler à son perfectionnement accepte implicitement d’être jugé non sur ses discours, mais sur ses actes.
Le texte va jusqu’à cette formule particulièrement provocante : un Maître Maçon devrait être un meilleur citoyen parce qu’il a reçu davantage d’enseignements et qu’il a engagé son honneur.
Alors posons la question autrement :
Si des années de franc-maçonnerie ne changent rien à notre façon de vivre avec les autres, de respecter nos engagements et de servir la cité… qu’avons-nous réellement construit ?


