Peut-on simplement dire : « Je suis franc-maçon » ? Ou cette qualité ne prend-elle réellement tout son sens que lorsqu’elle est reconnue par les autres, à travers notre comportement, nos actes et notre manière de vivre les principes maçonniques ?
C’est toute la question posée par une réflexion de César Luís Bueno Gonçalves publiée sur le site portugais Maçonaria e Maçon(s). L’auteur part d’un constat simple : l’initiation, l’appartenance à une obédience ou l’obtention de grades ne suffisent peut-être pas à faire de quelqu’un un franc-maçon au sens le plus profond du terme.
L’INITIATION NE SUFFIT PAS

Bien sûr, sur le plan formel, celui qui a été régulièrement initié appartient à la franc-maçonnerie. Mais l’auteur invite à dépasser cette définition administrative. Une initiation peut ouvrir la porte du Temple ; elle ne garantit pas que le travail initiatique se poursuivra réellement dans la vie quotidienne.
On connaît d’ailleurs ces expressions parfois employées entre Frères : « un profane en tablier » pour désigner un initié dont l’attitude semble contraire aux valeurs maçonniques, ou à l’inverse « un franc-maçon sans tablier » pour évoquer un profane dont le comportement paraît profondément fraternel et humaniste.
La formule est provocatrice, mais elle pose une vraie question : à quoi sert l’initiation si elle ne transforme rien ?
GRADES, TITRES ET VANITÉ
La critique devient plus sévère lorsque l’auteur évoque ceux qui mesurent leur progression au nombre de grades obtenus, aux fonctions occupées ou aux titres accumulés. Maître installé, dignitaire, haut gradé ou titulaire du 33e degré : rien de tout cela ne garantit l’humilité, la fraternité ou la sagesse.
La franc-maçonnerie peut même parfois reproduire des comportements très profanes : rivalités, querelles d’ego, recherche de prestige, autoritarisme ou compétition pour les fonctions.
Or le travail maçonnique devrait précisément inviter à l’inverse : se dépouiller progressivement de la vanité, apprendre à écouter, à douter, à travailler sur soi et à considérer l’autre comme son égal.
LA FRANC-MAÇONNERIE SE VOIT DANS LES ACTES
Être franc-maçon ne devrait donc pas se résumer à porter un tablier ou à fréquenter une Loge. Cela devrait se manifester dans la manière de parler, d’agir, de traiter ses Frères, mais aussi dans la vie profane.
L’auteur rappelle ainsi que les symboles, les rituels et les allégories n’ont de véritable intérêt que s’ils finissent par produire une transformation intérieure. Une pierre brute parfaitement décrite dans une planche reste une pierre brute si rien ne change ensuite dans notre comportement.
La franc-maçonnerie n’est ni un club social, ni un parti politique, ni une association destinée à distribuer des titres honorifiques. Elle se présente comme un Ordre initiatique, dont l’objectif premier demeure le travail sur soi.
ÊTRE RECONNU SANS AVOIR BESOIN DE LE DIRE
C’est finalement là que réside toute la force de cette réflexion.
Le véritable franc-maçon n’aurait peut-être pas besoin de rappeler sans cesse qu’il l’est. Son attitude devrait suffire. Sa fraternité, son écoute, son humilité, sa capacité à reconnaître ses erreurs et son respect des autres devraient parler pour lui.
Être reconnu comme franc-maçon ne signifie donc pas être admiré ou considéré comme supérieur. Bien au contraire. Cela signifie peut-être simplement que ceux qui nous côtoient reconnaissent dans nos actes quelque chose de ce que nous prétendons travailler dans le Temple.
La véritable récompense ne serait alors ni un cordon supplémentaire, ni un tablier plus décoré, ni un nouveau titre.
Elle tiendrait en quelques mots :
« Oui, celui-là vit réellement ce qu’il professe. »
Et peut-être est-ce finalement cela, être franc-maçon.
SOURCE
César Luís Bueno Gonçalves, « Personne n’est franc-maçon ; nous sommes simplement reconnus comme tels », Maçonaria e Maçon(s), 22 octobre 2019.
https://www.freemason.pt/ninguem-e-macom-somos-reconhecidos-como-tal


