Après plus de trois mois d’audience devant la cour d’assises spécialement composée de Paris, le procès Athanor entre dans sa dernière ligne droite. Cette affaire hors norme, du nom d’une loge maçonnique des Hauts-de-Seine soupçonnée d’avoir servi de cadre à une organisation criminelle, a donné lieu à de lourdes réquisitions du parquet général.
Au terme de deux jours de réquisitoire, des peines allant de 18 mois d’emprisonnement avec sursis à 30 ans de réclusion criminelle ont été demandées contre 19 des 22 accusés. Trois relaxes ont également été requises, notamment pour certains commanditaires présumés. Le verdict est attendu le 17 juillet 2026.
UNE LOGE MAÇONNIQUE AU CŒUR D’UNE AFFAIRE CRIMINELLE HORS NORME

Le procès Athanor interroge autant par la gravité des faits reprochés que par le contexte dans lequel ils auraient été commis. Selon l’accusation, cette loge maçonnique aurait été progressivement détournée de toute démarche initiatique pour devenir le point de rencontre d’intérêts privés, de réseaux d’influence et de missions clandestines.
Le dossier porte sur une série de faits extrêmement graves : meurtre, tentatives d’assassinat, violences, intimidations, vols et espionnage industriel. Le JDD rapporte que l’avocat général a demandé à la cour de considérer les 22 accusés comme les maillons d’une même organisation criminelle, après 600 heures de débats et 14 semaines d’audience.
ARGENT, POUVOIR ET DÉRIVE D’UNE FRATERNITÉ
Au centre du dossier figurent notamment Daniel Beaulieu, ancien agent de la DCRI, et Frédéric Vaglio, chef d’entreprise. Le parquet général les présente comme deux figures essentielles du système présumé. Trente ans de réclusion ont été requis contre Daniel Beaulieu et vingt-cinq ans contre Frédéric Vaglio.
Selon l’accusation, leur rencontre au sein de la loge Athanor aurait donné naissance à un lien d’abord fraternel, puis progressivement devenu commercial et criminel. Le parquet a décrit une structure fondée sur la cupidité, l’orgueil et le sentiment d’impunité, où des contrats criminels auraient été proposés sous l’apparence de prestations légales.
Le fonctionnement présumé de cette officine aurait même pris les formes d’une entreprise organisée : devis, facilités de paiement, relances et facturations. Selon les éléments rapportés, environ 210 000 euros auraient été collectés dans le cadre de ces activités criminelles présumées.
DES PEINES LOURDES REQUISES CONTRE LES PRINCIPAUX ACCUSÉS
Outre les peines demandées contre Daniel Beaulieu et Frédéric Vaglio, le parquet général a requis 22 ans de prison contre Sébastien Leroy, présenté comme l’un des principaux exécutants des contrats criminels étudiés par la cour.
Une peine de 20 ans de réclusion a également été demandée contre Dylan Bilheude, mis en cause dans le dossier de l’assassinat du pilote automobile Laurent Pasquali, tandis que des peines de 15 et 13 ans ont été requises contre Pierre Bourdin et Carl Esnault, interpellés en 2020 près du domicile d’une coach en entreprise visée par un projet d’assassinat.
UNE AFFAIRE QUI NE DOIT PAS ÊTRE CONFONDUE AVEC LA FRANC-MAÇONNERIE
Cette affaire, par son retentissement médiatique, expose une fois encore la franc-maçonnerie au risque de l’amalgame. Il convient pourtant de rappeler que les faits reprochés concernent des individus et une loge présentée par l’accusation comme dévoyée.
La franc-maçonnerie, dans son principe, repose sur le travail sur soi, la fraternité, la transmission symbolique et l’amélioration morale de l’être humain. Les actes évoqués dans ce procès, s’ils sont retenus par la justice, apparaissent donc comme une trahison radicale de l’esprit maçonnique.
L’affaire Athanor ne raconte pas la franc-maçonnerie ; elle raconte ce qui peut advenir lorsque des individus utilisent les apparences de la fraternité, du secret et du réseau pour servir des intérêts personnels, financiers ou criminels.
VERDICT ATTENDU LE 17 JUILLET
Le procès doit désormais se poursuivre avec les plaidoiries de la défense. La cour rendra ensuite son verdict, attendu le 17 juillet 2026. D’ici là, les accusés demeurent présumés innocents.
Au-delà de la décision judiciaire à venir, l’affaire Athanor laissera une trace durable : celle d’un dossier où l’argent, le pouvoir et la fascination pour les réseaux occultes auraient transformé une loge en théâtre présumé de manipulations et de violences.
Références :
Le Journal du Dimanche, Aliénor Trouvé, « La vie n’avait pas de prix pour eux : l’argent et le désir de puissance au cœur du procès de la loge maçonnique Athanor », publié le 7 juillet 2026.
Le Bien Public / AFP, « Loge maçonnique Athanor : jusqu’à 30 ans de réclusion et trois acquittements requis », publié le 7 juillet 2026.


