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COMMENT LA PENSÉE COMPLOTISTE A FAÇONNÉ L’AMÉRIQUE

Réflexions | 9 février 2026 | 0 | by A.S.

On répète souvent que les Américains seraient prisonniers des théories du complot — et que, par ricochet, leur démocratie vacillerait. L’actualité récente semble donner du crédit à ce refrain. Après le retrait de Joe Biden de la course présidentielle de 2024, une vague de comptes, surtout issus de la droite radicale, a relayé l’idée qu’il était mort — ou en train de mourir. Quelques semaines plus tôt, après la tentative d’assassinat visant Donald Trump en Pennsylvanie, ce sont des influenceurs libéraux qui ont diffusé une autre hypothèse : la fusillade aurait été une mise en scène, un « faux drapeau » destiné à renforcer l’aura de l’ancien président.

Ces épisodes confirment une évidence trop souvent oubliée : le conspirationnisme ne connaît pas de camp. Si QAnon a servi de matrice à une partie des conservateurs, une forme de miroir existe aussi chez des progressistes convaincus que tout événement politique majeur cacherait une manipulation. Depuis une décennie, on a parfois l’impression que les deux camps rivalisent d’imagination pour produire les explications les plus extravagantes — une échappatoire commode quand il s’agit, au contraire, de bâtir des solutions concrètes.

Mais l’erreur serait de croire ce phénomène récent. La pensée complotiste est presque aussi ancienne que les États-Unis eux-mêmes. Bien avant Internet, elle se propageait déjà par tracts, pamphlets, journaux… et elle s’est glissée jusque dans le texte fondateur de la nation : la Déclaration d’indépendance. Comprendre que la démocratie américaine s’est construite non pas malgré ces récits, mais aussi grâce à eux, permet peut-être d’éclairer l’impasse politique actuelle.

1776 : une révolution nourrie par la passion

À l’été 1776, la rupture entre les treize colonies et la Grande-Bretagne est devenue irréversible : taxes sans représentation, affrontements armés, montée d’un sentiment radical attisé par des textes comme Le Bon Sens de Thomas Paine. Quand le Congrès continental se prépare à proclamer l’indépendance, il confie à Thomas Jefferson — jeune délégué de Virginie de 32 ans — le soin de rédiger un document exposant les raisons et les objectifs des insurgés.

Le texte est devenu un sommet de la rhétorique politique. Pourtant, il n’est pas seulement un manifeste d’idées : c’est aussi, et peut-être surtout, une pièce à charge. Jefferson vise un homme : le roi George III, peint en tyran, en usurpateur, en symbole même du pouvoir corrompu. Dans ce récit, la liberté n’affronte pas seulement des lois injustes ; elle lutte contre une force malveillante, centralisée, presque organisée.

Une liste d’accusations… souvent discutables

On oublie souvent que, derrière le préambule sublime, la Déclaration repose sur une série de griefs très contestables : vagues, exagérés, parfois hypocrites, parfois tout simplement faux. Des historiens ont souligné que Jefferson accumule les accusations, comme si leur quantité pouvait compenser le manque de précision ou de démonstration.

Certaines formules reprochent au roi d’avoir refusé des lois « nécessaires au bien public » sans dire lesquelles. D’autres dénoncent la présence d’armées permanentes dans les colonies, alors même que ces troupes avaient servi de rempart contre les Français et leurs alliés amérindiens, et que les colons ne finançaient qu’une fraction de leur coût. Jefferson suggère encore que Londres aurait cherché à soumettre les colonies à une « juridiction étrangère », alors que l’autorité parlementaire avait été largement acceptée pendant plus d’un siècle — la contestation portant surtout, au départ, sur la fiscalité intérieure.

Même les passages sur l’usage de mercenaires et d’alliés autochtones servent davantage à peindre la guerre britannique comme moralement monstrueuse qu’à décrire une singularité (les insurgés cherchaient eux aussi des appuis extérieurs). Quant au passage, finalement retiré, qui accusait le roi d’être responsable de la traite esclavagiste, il aurait sonné comme une provocation tant nombre de signataires — Jefferson compris — étaient eux-mêmes propriétaires d’esclaves.

Et pourtant, malgré ces failles, le texte triomphe.

La force du récit, plus que la force de la preuve

Si la Déclaration a gagné la bataille de « l’opinion de l’humanité », ce n’est pas grâce à la solidité juridique de ses accusations, mais grâce à la puissance de son écriture et à l’intensité morale de son récit. L’indépendance américaine doit peut-être plus à la passion qu’à la raison : plus à une exaltation de la liberté qu’à une argumentation strictement factuelle.

D’où une question troublante : comment une déclaration révolutionnaire, issue du siècle des Lumières, peut-elle invoquer des vérités « évidentes » tout en manifestant si peu de scrupules vis-à-vis de la preuve ? Et comment une pensée aussi tendue, parfois contradictoire, a-t-elle pu déboucher sur l’une des républiques les plus durables de l’époque moderne ?

Le paradoxe américain : une démocratie portée par le soupçon

C’est là que se trouve le cœur du paradoxe. Une part importante de l’histoire américaine peut se lire comme une succession de cycles où chaque génération, en reprenant le vocabulaire moral de Jefferson, forge sa grande menace cachée, son « complot central ».

Après la Révolution, la jeune république est traversée de soupçons permanents de subversion. Plus tard, les jacksoniens voient dans la banque nationale un outil de domination financière ; leurs adversaires décrivent Jackson comme un futur despote. À l’approche de la guerre de Sécession, abolitionnistes et partisans de l’esclavage s’accusent mutuellement de conspirer contre l’existence même du pays. Au XXe siècle, les promoteurs du New Deal et leurs opposants se regardent comme des agents d’une oligarchie économique — ou comme les pions d’un projet socialiste.

Autrement dit : la démocratie américaine ne s’est pas seulement maintenue malgré le conspirationnisme ; elle s’est parfois réinventée en canalisant l’énergie politique que ces récits libèrent. Certains historiens l’ont remarqué : dans l’histoire américaine, les causes jugées « justes » ont souvent mobilisé ce schéma autant — sinon plus — que les causes jugées néfastes. Ces récits ont servi à organiser l’information, à donner un sens moral aux conflits, et à orienter l’action collective.

Le problème actuel : beaucoup de soupçon, peu de projet

Dès lors, l’enjeu n’est peut-être pas d’éradiquer toute désinformation et toute logique complotiste — objectif probablement illusoire — mais de reconnecter ces impulsions à des visions politiques structurées, capables de transformer la colère en programme.

L’histoire montre que, lorsque les grandes périodes de suspicion ont débouché sur des changements durables, elles étaient accompagnées d’une seconde étape : la construction d’un nouvel ordre. Après la Révolution, la Constitution a apporté un cadre institutionnel plus solide. Lincoln et le New Deal n’ont pas seulement dénoncé un pouvoir menaçant : ils ont bâti, ensuite, des institutions pour remplacer ce qu’ils combattaient. Aujourd’hui, ce deuxième mouvement semble manquer : l’énergie du soupçon circule, mais elle se dissout faute de projet cohérent.

Une fièvre… ou un déficit d’action collective ?

Quoi qu’il en soit, la pensée complotiste restera un élément tenace de la culture politique américaine. Au lieu de la condamner mécaniquement, on peut aussi s’interroger sur ce qu’elle révèle. Le mot « conspiration » n’a pas toujours eu un sens péjoratif : il pouvait désigner une simple association d’individus unis vers un but commun. Or, l’idée même d’une société libre suppose que des citoyens s’organisent, élaborent des plans, agissent collectivement.

Le paradoxe final est là : peut-être que les Américains de 2024 ne souffrent pas seulement d’un excès de conspirationnisme… mais d’un manque de capacité à transformer leurs soupçons et leurs colères en organisation, en stratégie, en construction politique.

Référence (texte source) :
Michael Cuenco, « Comment la théorie du complot a façonné l’Amérique », 2 août 2024.

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