À quelques mois de l’ouverture de la XXᵉ Conférence mondiale des Grandes Loges maçonniques régulières, prévue en mai 2026 au Cap (Afrique du Sud), l’Ordre s’apprête à vivre un moment charnière de son histoire contemporaine. Bien plus qu’un simple rassemblement international, ce sommet s’annonce comme un laboratoire stratégique, appelé à définir les contours opérationnels, doctrinaux et diplomatiques de la Régularité pour les décennies à venir.
Quatre piliers majeurs structureront les débats et les décisions de cette conférence historique.
Le Secrétariat exécutif : colonne vertébrale de la diplomatie maçonnique
Contrairement à certaines idées reçues, la franc-maçonnerie régulière mondiale ne repose pas sur une autorité centrale, mais sur un réseau de coordination sophistiqué, incarné par le Secrétariat exécutif de la Conférence mondiale. Longtemps cantonné à un rôle administratif, ce Secrétariat est aujourd’hui devenu un centre stratégique de diplomatie maçonnique.
Sous la direction d’Oscar de Alfonso Ortega, dont le bilan sera évalué au Cap, le Secrétariat a dû s’adapter aux exigences contemporaines : numérisation des échanges, sécurisation des données, cybersécurité et gestion des différends territoriaux entre juridictions reconnues. Dans un monde où la souveraineté des Grandes Loges demeure un principe intangible, ce travail de coordination est essentiel à la cohésion de plus de 150 puissances maçonniques régulières.

Le canon de la régularité : préserver les limites initiatiques
L’un des enjeux centraux de la Conférence du Cap sera l’examen des demandes de reconnaissance de nouvelles Grandes Loges, principalement issues des Balkans et de l’Afrique, régions en forte expansion maçonnique. Ce processus constitue le test le plus rigoureux de l’architecture régulière.
La Commission d’information pour la reconnaissance devra vérifier le respect strict des Principes fondamentaux :
- croyance en l’Être Suprême (GAOTU),
- présence du Livre de la Loi sacrée sur l’Autel,
- exclusivité masculine,
- souveraineté absolue de la Grande Loge sur les grades symboliques.
À l’heure où la sécularisation gagne du terrain, la XXᵉ Conférence mondiale se présente comme un rempart de la tradition initiatique, défendant la double exigence de la régularité d’origine et de la régularité de pratique.
Le bloc ibéro-américain : le CMI comme force d’équilibre
La Confédération maçonnique interaméricaine (CMI) arrivera au Cap comme le bloc régional le plus structuré et le plus influent numériquement. Regroupant les Grandes Loges d’Amérique latine, des Caraïbes et de l’Espagne, elle représente aujourd’hui un modèle de stabilité institutionnelle conciliant fidélité rituelle et présence assumée dans la société civile.
Son rôle sera déterminant, notamment dans les négociations relatives au choix du lieu de la XXIᵉ Conférence mondiale, où s’opposent et se complètent les intérêts des blocs anglo-saxon, européen et ibéro-américain. Le CMI entend garantir que la voix des pays du Sud demeure un acteur central de la gouvernance maçonnique mondiale.
De Goede Hoop : le temps du compromis et de la mémoire
La conférence s’achèvera symboliquement à la loge De Goede Hoop (De Bonne Espérance), fondée en 1772, la plus ancienne de l’hémisphère sud. Ce retour aux racines n’est pas anodin : il rappelle que la franc-maçonnerie ne se projette vers l’avenir qu’en restant fidèle à son histoire.
C’est en ce lieu chargé de sens que devrait être rédigée la Déclaration du Cap, engagement solennel en faveur de l’harmonie sociale, de l’éthique face aux défis technologiques et du respect mutuel comme fondement de la paix universelle. Plus qu’un texte politique, cette déclaration se veut un rappel : la force de l’Ordre réside moins dans ses structures que dans la qualité morale et spirituelle de ses membres.
Un tournant pour la franc-maçonnerie régulière
Le succès de la Conférence mondiale du Cap en 2026 pourrait marquer un tournant décisif dans l’histoire récente de la franc-maçonnerie régulière. Entre tradition initiatique, gouvernance mondiale et défis contemporains, l’Ordre se trouve à la croisée des chemins.
Comme le suggère la symbolique de De Goede Hoop, l’avenir ne se construira ni par la bureaucratie seule, ni par l’isolement, mais par la solidité de la chaîne universelle reliant les Grandes Loges dans le respect de la Régularité.
Source officielle
– XXᵉ Conférence mondiale des Grandes Loges maçonniques régulières – site officiel


