Il existe des enseignements qui ne se présentent pas sous la forme d’un grand discours. Ils surgissent au détour d’une rue, dans une rencontre minuscule, presque banale.
Un chat errant, par exemple.
« Caressez un chat quand vous en croisez un. »
On pourrait croire à une phrase légère. Pourtant, c’est une règle qui ressemble à un outil : simple en apparence, mais capable de tailler très profond.
Le chat n’appartient à personne. Il marche à sa manière, libre, discret, vigilant. Il n’a pas besoin d’expliquer son existence : il est. Et quand il s’approche, il nous propose une épreuve silencieuse : sommes-nous capables de nous arrêter ? De quitter l’urgence, le téléphone, le bruit intérieur, pour revenir à l’instant ?

Car c’est bien cela, la première leçon : la présence.
Le monde moderne nous pousse à être partout sauf ici : dans hier (regrets), dans demain (inquiétudes), dans la comparaison, dans le manque. Le chat, lui, ne négocie pas avec le temps. Il est au présent comme une flamme tient sa lumière. Le toucher, quand il l’accepte, devient un rituel intime : une respiration consciente, un retour au réel, une minute qui dit au mental : “tu peux te taire”.
Mais la leçon ne s’arrête pas là.
Caresser ce chat, c’est aussi reconnaître la valeur des petites choses. Un ronron, c’est presque rien… et pourtant, c’est une chaleur, un signe, un apaisement. Une preuve que la douceur existe encore, même dans les rues froides. Et cette douceur, si on la laisse entrer, devient une force : une petite lampe contre l’obscurité.
Comment ne pas entendre ici une résonance maçonnique ?
En Loge, lorsque l’espace est juste, lorsque le silence est habité, nous entrons dans une dimension où les distractions se déposent. Nous apprenons à être présents : au rite, aux symboles, aux regards fraternels. Nous comprenons que l’attention n’est pas une politesse : c’est une discipline. Une façon de “tenir l’outil” correctement.
Et puis il y a ce grand principe : construire le Temple, pierre après pierre.
Or la vie intérieure ne se bâtit pas avec des moments extraordinaires. Elle se bâtit avec des gestes modestes, répétés, constants : un effort, une parole juste, une colère retenue, une gratitude, une main tendue… ou une minute offerte à un être vivant rencontré par hasard. Chaque petite action est une pierre. Et la somme de ces pierres dessine l’édifice.
Le chat errant, finalement, devient un symbole du chemin : il n’est pas un maître qui enseigne par des mots. Il enseigne par sa présence. Il nous rappelle que le sacré n’est pas réservé aux temples : il se cache dans le quotidien, là où l’on accepte de ralentir.
Alors, la prochaine fois que vous croisez un chat dans la rue, observez ce qui se passe en vous.
Si votre réflexe est de passer sans voir, demandez-vous : “qu’est-ce qui me pousse à fuir l’instant ?”
Et si vous vous arrêtez, même une minute, sentez cette minute comme une œuvre : un petit travail de taille sur la pierre brute de l’agitation.
Car parfois, une simple caresse — quand elle est consciente — devient un acte symbolique :
un retour à la lumière, par la porte la plus humble.



Caresser un petit chat dans la rue ?
Au royaume des symboles, on tombe dans le paradis des Bisounours.
Essayer de caresser un chat errant. Ce petit chat ne demande rien. Il vit une forme de liberté. Et si ce petit chat a lu Hegel, Nietzsche ou même Sartre, son devoir est de nous attaquer pour conserver sa liberté – ‘’l’homme libre est un combattant’’ –
Si nous quittons le symbolisme pour rentrer dans le monde matériel, nous risquons ici de développer les maladies que portent les attaques de chat, toxoplasmose, maladie des griffes du chat, staphylococcie, tétanos etc.
Rêvons donc dans le confort douillet de la loge, mais soyons pragmatiques lors de nos promenades dans la rue. Il n’y a pas que des petits chatons dans les rues