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Visite de la Loge Maçonnique Fidélité à Lille

L’éditorial « La Voix du Nord » nous livre sa visite du Temple Maçonnique de Lille, avec la plus ancienne loge de la région celle de la Grande Loge de France, la Loge Fidélité.

Visite guidée avec Alain-Noël Dubart, Grand Maître de la Grande Loge de France dans l’histoire maçonnique de Lille.

Source : http://www.lavoixdunord.fr/Locales/Metropole_Lilloise/actualite/Secteur_Metropole_Lilloise/2010/01/31/article_dans-le-berceau-de-toutes-les.shtml

Tapie dans le quartier de Wazemmes à Lille, la plus ancienne loge de la région cultive sa discrétion. Le Grand Maître de la Grande Loge de France, le Lillois Alain-Noël Dubart, nous en ouvre les portes pour la première fois.

Plus que son architecture, c’est l’étroitesse de la rue de Lens, à Lille, qui garantit à la mère de toutes les loges de la région son incognito. Mais l’observateur avisé ne peut que remarquer les colonnes dessinées par François Roussel, les soupiraux arborant un soleil levant et les boiseries triangulaires qui ornent la porte d’entrée massive. Si la loge de La Fidélité n’affiche pas un fronton aussi exubérant que celle de la rue Thiers, où siège La Lumière du Nord (Grand Orient de France), elle ne laisse aucun doute sur ceux qu’elle abrite.

« La Fidé », comme la surnomment les frères, conserve, cent trente ans après sa création, une place particulière dans l’histoire maçonnique. Loge mère régionale de la Grande Loge de France, troisième obédience française en nombre de membres, elle a abrité l’un de ses représentants les plus illustres, le maire de Lille Roger Salengro (voir aussi page suivante). C’est d’ailleurs par l’un de ses bustes que l’on est accueilli dans la « salle humide » de la loge. Vaste pièce où les frères devisent, discutent de sujets profanes et partagent les « agapes » (collation prolongeant la tenue – réunion de travail maçonnique). Derrière les vitrines, se bousculent assiettes commémoratives, documents historiques et cordons des différents degrés, légués par les frères.

Un temple au coeur du travail maçonnique

Le Grand Maître Alain-Noël Dubart, élu en 2009, et Jean-Pierre Vanraes, président du congrès des loges Nord-Picardie et député maçonnique, guident le visiteur au premier étage de cette haute bâtisse marquée par les ans. L’écritoire où les frères notent leur présence défend l’entrée du temple. Coeur du travail maçonnique, siège des tenues rituelles réservées aux initiés, le temple arbore tous les symboles qui aident à pénétrer les fondations philosophiques de la franc-maçonnerie. Le président de l’atelier de La Fidélité, qui a souhaité préserver son anonymat, en livre quelques clés : « Le pavé mosaïque noir et blanc symbolise la dualité humaine. La chaîne au mur représente l’union. » Le décorum, datant de l’après Seconde Guerre mondiale et rénové dans les années cinquante, appelle à la réflexion : une pierre brute invite l’initié à se perfectionner, la voûte étoilée rappelle que le temple reste inachevé… Au fond du temple (à l’orient), trône le siège du Vénérable, maître maçon élu pour diriger l’atelier. Il est entouré du secrétaire de tenue, qui consigne les échanges, et de l’orateur, chargé de faire respecter la loi maçonnique et appelé à clore un débat, voire à offrir une conclusion parfois validée par un suffrage.

« On n’oublie jamais »

Au second étage, un second temple, plus petit, permet à un autre atelier de travailler. Baptisé du nom d’un Grand Commandeur (plus haut dignitaire du Suprême Conseil de France, qui régit les hauts grades du Rite écossais ancien et accepté), Gustave Desmons, il se démarque du temple principal par la présence d’une corde à douze noeuds qui court autour de la pièce. « C’est une référence aux frères bâtisseurs de cathédrales qui l’utilisaient pour calculer les angles pythagoriciens et réaliser l’étoile à cinq branches », explique Alain-Noël Dubart.

Plus impressionnants sont les cabinets de réflexion aménagés dans la cave. Destinés à l’initiation des profanes, ils suintent d’une humidité lugubre. Les murs peints de noir renforcent l’exiguïté claustrophobique du lieu. C’est pourtant là que le futur initié devra passer plusieurs heures à rédiger son testament philosophique, avec pour seule compagnie un crâne (dont on ne préfère pas connaître l’origine), quelques grammes de mercure et de sel, un quignon de pain et un avertissement : « Si la curiosité t’a conduit ici, va-t-en. Si ton âme a senti l’effroi, ne va pas plus loin… » « On n’oublie jamais une initiation, souffle Jean-Pierre Vanraes, entré il y a quinze ans. C’est ce qui nous lie affectivement à une loge. » Comme à une mère. •

A.S.: