On ne devient pas Vénérable parce qu’on est “là depuis longtemps”.
On le devient parce qu’on est capable.
Une loge qui confond ancienneté et compétence fabrique des Vénérables par automatisme… et récolte ensuite des planches tièdes, des tensions mal gérées, des débats étouffés, des Frères fatigués. L’Orient n’est pas une médaille. C’est un poste de service, exigeant, exposé, parfois ingrat.

Former un futur Vénérable, c’est simple : on le met au travail. On lui confie des charges. On l’oblige à apprendre le réel : l’organisation, les équilibres, les susceptibilités, les décisions qui fâchent, les conflits qu’on ne voit pas venir. Gouverner sans avoir servi, c’est piloter une loge “à l’idée” — pas à la réalité.
Et surtout : on observe.
Est-il rassembleur ou clivant ?
Calme ou nerveux ?
Juste ou impulsif ?
Capable de dire non ? Capable d’entendre non ?
Capable de se taire quand il faut, et de trancher quand c’est nécessaire ?
Le rôle des anciens n’est pas de “faire la pluie” après l’Orient. Leur rôle, c’est d’être des garde-fous : conseiller, soutenir… et parfois prévenir l’évidence. Car une loge doit avoir le courage d’une phrase trop rare : “pas maintenant”. Voire : “pas toi”. Ce n’est pas une humiliation. C’est une protection.
Une vérité doit rester au centre :
la Loge passe avant les ambitions.
Le Frère sert la Loge — il ne s’en sert pas.
Le chemin vers le Vénérable n’est pas une promotion.
C’est un test.
Et ce test commence toujours par une question : qui est prêt à servir sans se prendre pour le centre ?


