Grande question métaphysique.
Car contrairement à une idée reçue, le franc-maçon ne passe pas son dimanche enfermé dans un temple secret à comploter contre l’humanité, à invoquer des symboles obscurs ou à polir son maillet en ricanant.
Non.
Le dimanche, le franc-maçon essaie surtout de redevenir un être humain normal.
8h30 – Réveil difficile
Il se réveille avec une sensation étrange :
il n’a aucun rituel à réciter.
Moment de panique.
Il cherche ses gants.
Puis se souvient qu’il est chez lui.
Soulagement… relatif.

9h15 – Petit-déjeuner symbolique
Le café est trop clair.
Le pain trop dur.
Le beurre manque.
Il soupire intérieurement :
“Encore une pierre mal dégrossie.”
Sa famille ne comprend pas.
Lui non plus, mais il le dit quand même.
11h00 – Tentative de vie profane
Il va au marché.
Il observe les gens.
Instinctivement, il les classe :
- celui-là ferait un bon Apprenti,
- celui-ci parlerait trop en loge,
- celui-là… jamais.
Il se reprend.
“Non. Aujourd’hui, je suis profane.”
Il échoue au bout de trois minutes.
13h00 – Repas dominical
Le franc-maçon mange.
Beaucoup.
Trop.
Il se dit que c’est pour compenser les agapes de la semaine précédente.
Ou celles de la semaine suivante.
Ou les deux.
Quand quelqu’un parle de politique ou de religion, il se tait.
Par réflexe maçonnique.
Puis il se rend compte que personne ne lui a demandé de se taire.
Moment de flottement existentiel.
16h00 – Sieste initiatique
Il s’endort.
Il rêve d’un temple vide, de colonnes qui grincent et d’un Vénérable qui dit :
“Mon Frère, peux-tu être bref ?”
Il se réveille en sueur.
18h00 – Lecture pseudo-spirituelle
Il ouvre un livre.
Un vrai.
Avec des symboles.
Il lit trois pages.
Puis relit la même phrase dix fois.
Puis s’interroge sur le sens caché du point-virgule.
Il referme le livre. “Je méditerai dessus en loge.”
20h00 – Préparation mentale du lundi
Il regarde son tablier posé quelque part.
Il se dit qu’il faudrait le nettoyer.
Puis il décide que ce sera pour plus tard, comme toute évolution intérieure digne de ce nom.
Conclusion
Un franc-maçon, le dimanche,
ne bâtit pas le monde,
ne sauve pas l’humanité,
ne réforme pas l’Ordre.
Il doute.
Il observe.
Il mange trop.
Il pense trop.
Bref… il travaille encore un peu sur lui-même, sans s’en rendre compte.
Et c’est peut-être ça, le vrai travail dominical.



