L’annonce de la Royal Masonic Benevolent Institution (RMBI) Care Company, au Royaume-Uni, de vendre 15 maisons de retraite et de se retirer du secteur des soins résidentiels constitue un événement marquant pour le monde caritatif maçonnique. Si cette décision concerne directement l’Angleterre et le Pays de Galles, elle invite également à une mise en perspective avec la situation française, où les modèles, les contraintes et les choix stratégiques diffèrent sensiblement, tout en partageant certains enjeux communs.
Une décision britannique aux fondements financiers et structurels
La RMBI exploite actuellement 958 lits et emploie environ 1 500 salariés dans ses établissements. À l’issue d’un examen stratégique, l’association a choisi de céder l’ensemble de son portefeuille, confiant le processus au cabinet Christie & Co, spécialisé dans les transactions du secteur médico-social.
Durant la phase de cession, les maisons de retraite continueront à fonctionner normalement, garantissant la continuité des soins.
Ce choix s’inscrit dans un cadre financier précis, marqué par l’émission en 2023 d’obligations durables à 6,25 %, arrivant à échéance en 2029. La vente des établissements permettra de rembourser intégralement les engagements financiers, entraînant un remboursement anticipé des obligations en circulation.

Le modèle français : une autre approche de la solidarité maçonnique
En France, la situation est sensiblement différente. Les obédiences maçonniques et les structures caritatives qui leur sont liées n’exploitent que très rarement directement des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD).
La solidarité maçonnique française s’exprime davantage à travers :
- des fondations reconnues d’utilité publique,
- des œuvres d’entraide,
- des aides financières individuelles,
- ou des partenariats avec des acteurs du secteur social et médico-social.
Cette différence structurelle limite l’exposition directe des organisations maçonniques françaises aux risques économiques, juridiques et réglementaires propres à la gestion d’établissements de soins.
Des contraintes communes de part et d’autre de la Manche
Malgré ces différences, les enjeux sous-jacents sont largement partagés.
Au Royaume-Uni comme en France, le secteur des maisons de retraite est confronté à :
- une pression financière croissante,
- des normes réglementaires de plus en plus exigeantes,
- des difficultés de recrutement et de fidélisation du personnel,
- et une évolution rapide des attentes sociétales en matière de prise en charge du grand âge.
Ces contraintes interrogent la capacité des structures à but non lucratif — y compris celles issues du monde maçonnique — à maintenir des modèles historiquement fondés sur l’équilibre entre engagement moral, qualité de l’accompagnement et soutenabilité économique.
Deux traditions, un même questionnement éthique
Là où la franc-maçonnerie britannique a historiquement fait le choix d’une implication directe dans le secteur des soins résidentiels, la tradition française privilégie une action plus indirecte mais plus souple.
Dans les deux cas, la question centrale demeure la même : comment rester fidèle aux valeurs de solidarité, de fraternité et de dignité humaine dans un contexte socio-économique profondément transformé ?
La décision de la RMBI peut ainsi être lue non comme un désengagement de la solidarité maçonnique, mais comme une reconfiguration de ses modes d’action, questionnement que partagent, chacun à leur manière, les acteurs maçonniques français.
Un débat qui dépasse les frontières
Au-delà du cas britannique, cet épisode met en lumière un débat de fond qui traverse l’ensemble de l’Europe :
faut-il continuer à gérer directement des structures de soins, ou concentrer l’action caritative sur l’accompagnement, le soutien et l’innovation sociale ?
Pour la franc-maçonnerie, dont l’idéal reste l’amélioration de la condition humaine, cette réflexion apparaît plus que jamais d’actualité, des deux côtés de la Manche.
Source : https://www.laingbuissonnews.com


