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QUAND L’ÉCONOMIE OUBLIE L’HOMME : RÉFLEXIONS MAÇONNIQUES EN TEMPS DE DÉSÉQUILIBRE

Edito, Réflexions | 3 janvier 2026 | 0 | by A.S.

Il fut un temps où l’économie était censée servir la Cité. Aujourd’hui, c’est la Cité qui semble sommée de servir l’économie. Non plus comme un outil, mais comme une divinité capricieuse, insatiable, exigeant toujours plus de sacrifices au nom d’une croissance devenue dogme.

Le franc-maçon, qui travaille à dégrossir sa pierre, ne peut rester indifférent face au spectacle contemporain : inflation diffuse, précarisation masquée par les chiffres, travail vidé de son sens, richesse concentrée jusqu’à l’indécence, tandis que l’on demande au plus grand nombre de « faire des efforts ». Toujours les mêmes. Toujours en silence.

Une économie sans centre… donc sans cœur

Symboliquement, toute construction suppose un centre. Or notre système économique actuel ressemble à un édifice sans pierre angulaire. Les flux financiers circulent à la vitesse de la lumière, mais l’humain, lui, reste cloué au sol, soumis à des décisions qu’il ne comprend plus et auxquelles il ne participe pas.

On parle d’indices, de taux, de marchés « nerveux » ou « rassurés ». Mais quand a-t-on entendu pour la dernière fois que l’homme allait mieux ? Quand a-t-on mesuré la paix intérieure, la dignité retrouvée, le sens du travail accompli ?

L’économie moderne sait tout évaluer, sauf l’essentiel.

La valeur n’est pas le prix

Le maçon apprend très tôt à distinguer le brut de l’utile, le visible de l’essentiel. Il sait que ce qui a le plus de valeur n’est pas toujours ce qui brille le plus. Or notre époque confond systématiquement valeur et prix.

Le soin, l’enseignement, la transmission, le lien social, le temps long, la parole juste… tout cela coûte peu, rapporte mal, et finit relégué au second plan. À l’inverse, la spéculation, la prédation et l’optimisation à court terme sont célébrées comme des vertus.

À ce jeu-là, l’économie prospère peut-être, mais la société se fissure.

Le mythe de l’Homme ajustable

Ce qui inquiète le plus n’est pas la crise économique en elle-même — les civilisations en ont toujours connu — mais l’idée insidieuse que l’Homme doit s’adapter, se plier, se réduire, se « recycler » sans cesse pour entrer dans des cases mouvantes, définies par d’autres.

Le franc-maçon ne travaille pas à devenir adaptable, mais meilleur. Pas interchangeable, mais conscient. Pas rentable, mais juste.

Une économie qui exige de l’Homme qu’il se renie pour survivre est une économie qui a perdu sa finalité.

Réapprendre la mesure

Dans la tradition initiatique, tout excès appelle une correction. Le déséquilibre appelle le retour à la mesure, non comme contrainte, mais comme sagesse.

Peut-être est-il temps de rappeler, humblement mais fermement, que :

  • la richesse n’a de sens que si elle circule,
  • le travail n’a de valeur que s’il élève,
  • la croissance n’est pas un absolu,
  • et que l’économie devrait être au service du vivant, non l’inverse.

Ce n’est ni un discours révolutionnaire, ni nostalgique. C’est un rappel. Un rappel ancien. Un rappel nécessaire.

En guise de planche ouverte

Le franc-maçon ne propose pas de solution clé en main. Il éclaire, interroge, relie. Mais il lui revient de refuser l’anesthésie morale, surtout lorsque celle-ci se pare des habits de la rationalité économique.

Quand l’économie oublie l’Homme, il appartient aux consciences éveillées de le rappeler à l’ordre.

Calmement. Fermement. Fraternellement.

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