Le passage à l’Orient éternel de Jacques Viallebesset, connu dans le monde profane sous le nom d’Alain-Jacques Lacot, nous rappelle une vérité souvent oubliée : certains Frères œuvrent sans bruit, mais leur trace demeure longtemps après que leurs pas se sont effacés du pavé mosaïque.
Poète, éditeur, artisan du livre et compagnon de la pensée symbolique, il appartient à cette catégorie rare d’initiés pour lesquels le Verbe n’est jamais séparé de l’éthique, et la création jamais dissociée de la responsabilité.

LA POÉSIE COMME TRAVAIL DE LA PIERRE
Chez Jacques Viallebesset, la poésie n’était ni une recherche d’effet ni un territoire d’ego. Elle procédait d’un dépouillement, d’une attention patiente à ce qui se donne et se retire.
À l’image du travail maçonnique, elle avançait par retraits successifs, éliminant le superflu pour laisser apparaître l’essentiel.
Cette approche rejoint une conception initiatique du langage :
le mot n’éclaire que s’il est juste,
et la parole ne vaut que si elle engage celui qui la prononce.
Dans cette perspective, écrire revient à se tenir debout devant le monde, sans masque, sans posture, acceptant la part d’inconfort que suppose toute quête sincère de vérité.
UN BÂTISSEUR DISCRET DE LA TRANSMISSION
Dans le paysage maçonnique contemporain, Alain-Jacques Lacot fut avant tout un homme de transmission concrète.
Loin des estrades, il choisit le lieu silencieux où les textes se façonnent, où les idées prennent forme, où la mémoire collective se structure.
Son travail éditorial, notamment au sein des Éditions Dervy, témoigne d’une conception exigeante de la culture initiatique :
non comme un stock de savoirs, mais comme une chaîne vivante, faite de relectures, d’exigence, de rigueur et de bienveillance.
Transmettre, pour lui, ne signifiait jamais simplifier à outrance, mais rendre accessible sans trahir.
LE SYMBOLE : NI DÉCOR, NI DIVERTISSEMENT
Qu’il s’agisse de poésie, d’essais ou de fiction, Jacques Viallebesset n’a jamais traité le symbole comme un ornement.
Il le concevait comme une force active, capable de révéler les tensions entre l’idéal et le réel, entre la promesse initiatique et ses possibles dévoiements.
À travers la narration, l’imaginaire ou la métaphore, il rappelait que le symbole n’est pas fait pour rassurer, mais pour mettre en mouvement.
Il interroge, dérange parfois, mais toujours dans une fidélité profonde à l’esprit plutôt qu’à la lettre.
Cette vision rejoint une franc-maçonnerie vécue non comme une accumulation de signes, mais comme une école de discernement.
FRATERNITÉ SANS EFFETS, LUMIÈRE SANS BRUIT
Ceux qui l’ont connu évoquent unanimement une présence attentive, une parole mesurée, un accompagnement sans domination.
Il savait que la fraternité ne se proclame pas : elle se pratique, souvent dans des gestes modestes, parfois invisibles.
Autoriser un poème à circuler, encourager un auteur débutant, relire un texte jusqu’à sa justesse — autant d’actes discrets qui relèvent d’une même conception initiatique :
celle d’une Lumière qui éclaire sans aveugler.
LE FRÈRE QUI CHANGE DE PLAN
En franc-maçonnerie, la mort n’est jamais une fin absolue.
Elle marque un changement de plan, un passage du chantier visible à l’œuvre invisible.
Jacques Viallebesset laisse derrière lui des livres, certes, mais surtout une manière d’être au travail, à la parole, au symbole et à la fraternité.
Il demeure dans les consciences qu’il a éveillées, dans les vocations qu’il a soutenues, dans ces lignes qui continuent d’agir silencieusement.
Que la Terre lui soit légère.
Et que ceux qui poursuivent le chantier se souviennent que la véritable Lumière n’a pas besoin de bruit pour durer.



