Renoncer au voyage maçonnique est toujours un événement discret… mais rarement anodin. Lorsqu’un frère s’éloigne, la tentation est grande de réduire l’explication à des facteurs simples : « c’était un ami du parrain », « il n’avait pas le niveau », « il manquait de temps », « il n’était pas fait pour ça ». Ces raisons existent parfois. Mais elles masquent souvent l’essentiel : le chemin maçonnique est intérieur, et personne ne peut marcher à la place de celui qui a demandé la Lumière.
Derrière un départ, il y a fréquemment une incompréhension fondamentale : la franc-maçonnerie n’est pas un club, ni un décor, ni une course aux grades. C’est une exigence lente, exigeante, parfois inconfortable — et c’est précisément cela qui fait sa valeur.
1) L’erreur de départ : croire que le parrain “fera le travail”
Dans de nombreuses loges, le parrainage est vécu comme une garantie. Le candidat pense parfois — consciemment ou non — que le parrain « le portera », qu’il expliquera tout, qu’il ouvrira les portes, qu’il accélérera le parcours.
Or le parrain n’est ni un chauffeur, ni un passe-droit. Il est un repère, un témoin, parfois un gardien de méthode. Mais la transformation appartient au néophyte. Quand cette réalité apparaît, certains se découragent : ils attendaient une protection, ils trouvent une responsabilité.

2) La faim de tout savoir… et la tentation des raccourcis
Le début du parcours s’accompagne souvent d’un enthousiasme légitime. Mais l’impatience guette : vouloir comprendre “tout” immédiatement, réduire le symbole à une définition, dogmatiser ce qui demande une maturation.
C’est là que naît une dérive bien connue : confondre progression initiatique et progression hiérarchique. L’échelle de Jacob devient un escalier social. Les signes extérieurs (fonctions, décors, grades, distinctions) prennent le pas sur le chantier intérieur.
Quand l’initié comprend que la maçonnerie ne distribue pas des réponses toutes faites, mais une méthode pour apprendre à se connaître, l’épreuve commence vraiment. Et certains renoncent : non par manque d’intelligence, mais par refus de la lenteur.
3) La “recherche de l’essence” : sans elle, impossible d’avancer
Toute démarche initiatique suppose trois questions simples, redoutables, incontournables : d’où viens-je ? qui suis-je ? où vais-je ?
Si l’on refuse ces questions, on peut rester en loge… mais on n’avance pas. On accumule de l’information, on cherche des “secrets”, on collectionne des opinions, mais on évite le cœur du travail : celui qui oblige à se regarder sans maquillage.
C’est précisément ce qu’exprimait Joseph Fort Newton : la franc-maçonnerie ne fournit pas des solutions, elle ouvre une opportunité — celle de réveiller en soi ce qui relie au devoir, à la vérité, et à la responsabilité envers les autres.
4) VITRIOL : l’appel à descendre avant de vouloir monter
Le symbole VITRIOL, rencontré très tôt dans l’expérience maçonnique, est un rappel : le véritable chantier ne se situe pas à l’extérieur. Il invite à revenir au centre, à écouter l’âme, à toucher le noyau du “moi” sous les couches de rôle social, d’ego et de peur.
Chercher la “Pierre cachée” en soi, c’est accepter de creuser là où cela résiste. Et creuser, cela fatigue. Cela trouble. Cela met au jour des parts de soi qu’on préférerait laisser dormir.
Beaucoup désirent la lumière, mais peu aiment la phase où l’on découvre ce qui, en soi, l’empêche de passer.
5) L’inconfort initiatique : le prix réel du changement
La découverte de soi n’est pas une promenade. Elle appelle :
- résilience (tenir dans le temps),
- détachement (renoncer à certaines certitudes),
- humilité (accepter d’être perfectible),
- courage (affronter ce que l’on fuit).
L’abandon survient souvent ici : quand le chemin cesse d’être “intéressant” et devient transformant. Quand la loge n’est plus un lieu d’idées, mais un miroir.
6) Le rôle décisif du mentor : présence, exemple, cohérence
Enfin, il existe un facteur rarement avoué : la qualité de l’accompagnement. On parle de mentor, de parrain, d’exemple. Mais si le néophyte ne rencontre pas une présence stable, s’il ne voit pas de cohérence entre les paroles et les actes, il se sent livré à lui-même.
Or l’initié a besoin d’un repère, surtout lorsque l’inconfort apparaît. Un mentor n’impose pas une voie ; il aide à rester sur la route, sans trahir l’esprit du travail.
Quand l’accompagnement se réduit à l’administratif, aux habitudes, ou à la simple convivialité, certains s’égarent. Et, faute de boussole, ils quittent le chantier.
QUAND ON QUITTE LA LOGE, QUITTE-T-ON VRAIMENT LE CHEMIN ?
Le renoncement maçonnique ne signifie pas toujours l’échec. Il peut signaler une inadéquation de moment, de rythme, ou de compréhension. Mais il révèle presque toujours une vérité : la franc-maçonnerie ne “fait pas” l’homme. Elle lui propose une méthode. Et cette méthode exige un engagement intime.
Le chemin n’est pas pour ceux qui veulent aller vite.
Il est pour ceux qui acceptent de travailler longtemps, sans certitude de briller — mais avec l’espérance de devenir plus justes, et plus utiles.
Texte adapté d’après : Orlando de Oliveira Reis, MI, « Pourquoi un initié renonce-t-il à poursuivre son cheminement maçonnique ? », Loge “Pedreiros da Liberdade” n°79, GLSC, Florianópolis, Santa Catarina (Brésil)



Ceux qui viennent en pensant trouver toutes les qualités chez ceux qu’ils observent vont vite déchanter.
Si nous étions parfaits cela se saurait. C’est dés les débuts qu’il faut expliquer que c’est l’essentiel du chemin que de -travailler à progresser.
Plus encore,que le résultat n’est nullement garanti. Si nous pensons avoir davantage de gens de qualité que la majorité du monde profane nous n’oublions pas que reste une proportion de membres qui ne nous fait pas honneur.
Bonjour.
La méthode exige un engagement intime. Le profane le sait en entrant, ensuite il reste silencieux et regarde avec ses sens basiques les exemples dans la fraternité. C’est là que le reveil se fait et que les premiers doutes arrivent. Voir des anciens sous leurs décors clamant leurs degrés sans en voir ni entendre ni observer une réelle sagesse exemplaire qui devrait émerger ni exprimer simplement comment combattre son intérieur constitué de pensées erronées, lasse rapidement les jeunes apprentis, des compagnons, et de nombreux jeunes maîtres qui se sentent souvent utiles seulement pour assumer le renouvellement des loges. Comment tailler sa pierre. Voilà l’attente… Slt.