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OÙ DOIT-ON PLACER LE VOLUME DES SAINTES ÉCRITURES ? UNE QUESTION RITUELLE À LA LUMIÈRE DES PRATIQUES FRANÇAISES

Planches, Réflexions | 2 janvier 2026 | 0 | by A.S.

La question de l’orientation du Volume des Saintes Écritures (VSE) sur l’autel maçonnique peut sembler secondaire au premier regard. Pourtant, elle touche au cœur même de la méthode initiatique : le symbole, le rite et la cohérence du travail en Loge.
Faut-il placer le Livre sacré de manière à ce qu’il soit lisible par le Vénérable Maître, ou orienté vers l’Occident, en direction du Candidat ? Cette interrogation, souvent formulée par un discret « quelque chose semble à l’envers », traverse les juridictions, les rites… et n’épargne pas la franc-maçonnerie française.

UNE QUESTION PEU PROBLÉMATIQUE DANS DE NOMBREUSES JURIDICTIONS

Selon le Frère Harry Carr, dans The Freemason at Work, cette question ne se pose guère en Irlande, en Écosse, aux États-Unis, ni dans de nombreuses juridictions où l’autel est situé au centre de la Loge, distinct du piédestal du Vénérable Maître.
Dans ces configurations, le VSE est naturellement orienté vers l’Ouest, afin d’être lisible par le Candidat au moment où celui-ci prête son engagement.

LE CAS ANGLAIS… ET LA SINGULARITÉ FRANÇAISE

Dans la pratique anglaise traditionnelle, le piédestal du Vénérable Maître fait souvent office d’autel. Le candidat s’y trouvant à proximité, le Livre sacré peut être lu par lui sans ambiguïté, ce qui a longtemps rendu la question secondaire.

En France, la situation est plus diverse. Selon les rites pratiqués (Rite Écossais Ancien et Accepté, Rite Français, RER, Emulation, etc.) et les obédiences, l’autel peut être :

  • central et distinct,
  • placé à l’Orient,
  • ou intégré au dispositif du Vénérable Maître.

Dans de nombreuses Loges françaises, notamment au REAA, l’autel est distinct et central, ce qui rapproche la pratique française de celles évoquées par Carr : le VSE est alors logiquement orienté vers le Candidat, à l’Occident, lors des cérémonies d’initiation ou de prestation d’obligation.

AUCUNE RÈGLE UNIVERSELLE, MÊME EN FRANCE

Comme en Angleterre, il n’existe pas en France de règle maçonnique universelle et impérative concernant l’orientation du Volume des Saintes Écritures.
Les rituels français – souvent plus explicites que leurs équivalents anglo-saxons sur le plan symbolique – laissent cependant une large place à la cohérence interne du rite et à la tradition de la Loge.

Ainsi :

  • lors de travaux sans candidat, l’orientation du VSE revêt une importance secondaire ;
  • lors d’une initiation, d’un engagement ou d’une obligation, la lisibilité du Livre par celui qui s’engage devient symboliquement essentielle.

ÉCLAIRAGES HISTORIQUES ET SYMBOLIQUES

Les expositions maçonniques du XVIIIᵉ siècle, telles que Three Distinct Knocks (1760) ou J. and B. (1762), montrent que les pratiques ont toujours coexisté.
Certaines décrivent un candidat tenant lui-même le Livre à l’Ouest ; d’autres suggèrent une Bible placée devant le Maître comme source de lumière et d’instruction.

William Preston, dans sa Première Conférence sur la Franc-Maçonnerie, est l’un des rares auteurs à reconnaître explicitement la légitimité des deux formes, confirmant qu’aucune normalisation stricte ne s’est imposée historiquement.

LE POINT DE REPÈRE ESSENTIEL : ÉQUERRE ET COMPAS

Harry Carr souligne néanmoins un point fondamental, valable dans toutes les juridictions, y compris françaises :
quelle que soit l’orientation du Volume des Saintes Écritures, les pointes du Compas doivent toujours être dirigées vers le bas de la page.

Dans le cas contraire, l’ensemble symbolique apparaît visiblement inversé, rompant l’harmonie visuelle et initiatique du Tableau.

AU-DELÀ DE LA TECHNIQUE : LE SENS DU RITE

Bien que la Lumière symbolique émane de l’Orient, il n’existe aujourd’hui aucune “erreur rituelle” universellement reconnue quant à l’orientation du VSE.
Chaque Rite, chaque Obédience, chaque Loge travaille :

  • selon ses Décrets,
  • selon sa philosophie,
  • et à la lumière qu’elle reçoit du Grand Architecte de l’Univers.

L’essentiel n’est donc pas l’uniformité, mais la fidélité consciente au sens du rite, comprise et partagée par les Frères et Sœurs qui le pratiquent.


Référence
Alexandre Fortes, 33e Degré – CIM 285969 – ARLS Cícero Veloso n° 4543 – GOB-PI
Inspiré des travaux de Harry Carr, The Freemason at Work, chapitre 12.

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