Mercosur et Franc-Maçonnerie : quand le commerce oublie l’Humain
Mercosur : un acronyme, des promesses… et beaucoup de silence
Mercosur. Un mot technique, presque froid, que l’on prononce dans les salons feutrés de la diplomatie et les couloirs climatisés des institutions européennes. Marché commun du Sud, traité commercial, opportunités économiques, croissance, compétitivité… Autant de termes qui résonnent comme des planches bien rabotées, mais dont on oublie parfois de vérifier l’équerrage.
Car derrière l’acronyme, il y a des terres, des forêts, des travailleurs, des peuples, et surtout des consciences mises à l’épreuve.
Le regard du Maçon : au-delà des chiffres, l’éthique
Le franc-maçon, par essence, ne se contente pas de la façade. Il cherche la pierre brute derrière l’argumentaire poli. Le Mercosur, tel qu’il est envisagé dans ses accords avec l’Union européenne, pose une question centrale : le progrès économique peut-il être dissocié du progrès moral ?
Quand l’obsession du libre-échange relègue au second plan la protection de l’environnement, la dignité du travailleur, la souveraineté alimentaire et le respect des cultures locales, alors le Maçon ne peut rester silencieux.

La forêt comme Temple profané
Comment ne pas voir, dans certaines conséquences potentielles du Mercosur, une atteinte directe à ce que nous appelons symboliquement le Temple de l’Humanité ?
La déforestation massive, notamment en Amazonie, n’est pas un simple dommage collatéral. Elle est une profanation. Abattre sans mesure, exploiter sans conscience, c’est renier le principe même d’harmonie entre l’Homme et la Nature, principe que toute démarche initiatique digne de ce nom enseigne dès les premiers pas.
Le Maçon apprend à construire, pas à ravager.
Liberté, Égalité, Fraternité… vraiment ?
Liberté du commerce, certes. Mais liberté pour qui ?
Égalité des échanges, vraiment ? Quand des agricultures locales sont mises en concurrence avec des modèles industriels surpuissants, dopés aux pesticides interdits chez nous, l’égalité devient un mot creux.
Fraternité, enfin. Peut-on parler de fraternité lorsque les accords profitent à quelques intérêts économiques au détriment des populations les plus vulnérables ? La fraternité n’est pas un slogan, c’est une exigence.
Le silence des Loges : une pierre d’achoppement
Il faut aussi avoir l’honnêteté de regarder notre propre colonne. Sur ces sujets majeurs, combien de Loges restent muettes ? Par prudence, par confort, ou par crainte de « faire de la politique ».
Pourtant, réfléchir aux conséquences humaines, sociales et environnementales d’un traité comme le Mercosur n’est pas faire de la politique partisane. C’est exercer pleinement notre devoir de vigilance morale.
Se taire, parfois, revient à tailler de travers.
Pour une mondialisation à visage humain
Le Maçon n’est pas hostile au progrès, ni au dialogue entre les peuples. Bien au contraire. Mais il appelle à une mondialisation éclairée, équilibrée, où l’économie reste un outil et non une finalité.
Un Mercosur repensé, intégrant des clauses environnementales réellement contraignantes, des garanties sociales solides et un respect sincère des peuples autochtones, pourrait devenir un chantier digne d’intérêt.
Sans cela, il restera un édifice bancal.
Tracer des limites, poser des repères
Le Mercosur nous interroge, en profondeur, sur ce que nous voulons construire comme monde. Un monde régi uniquement par le compas du profit, ou un monde guidé par l’équerre de l’éthique.
En tant que Francs-Maçons, nous ne pouvons ignorer ces débats. Notre silence serait une pierre manquante dans le Temple que nous prétendons élever.
À nous de rappeler, avec humilité mais fermeté, que le véritable progrès est celui qui élève l’Homme autant que l’économie.
Chronique – billet d’humeur maçonnique de GADLU.INFO


