On croit souvent que l’initiation commence le jour où l’on frappe à la porte du Temple. En réalité, elle a débuté bien avant : au moment précis où l’homme a senti que vivre ne suffisait plus. L’initiation n’est pas un rite figé ni une cérémonie spectaculaire ; c’est un mouvement intérieur, une tension entre ce que nous sommes et ce que nous pressentons devoir devenir. Comme Dante, nous descendons d’abord : dans nos peurs, nos passions, nos contradictions. Car aucune élévation n’est possible sans cette traversée de l’ombre. Visita Interiora Terrae, Rectificandoque, Invenies Occultum Lapidem : visiter l’intérieur, rectifier, découvrir la pierre cachée.

Mais nul ne chemine seul. Il y a toujours un guide — parfois un maître, parfois un frère, parfois une épreuve — qui nous empêche de confondre vitesse et progression. Dans toutes les traditions, l’initiation marque un passage : de l’enfance à la responsabilité, de l’instinct à la conscience, de la réaction à l’action juste. Elle ne se mesure pas aux grades, mais aux actes : agir droit quand ce serait plus facile de céder, résister à l’envie, à la colère, à l’orgueil, et savoir encore s’émerveiller d’un silence, d’un geste simple, d’une présence vraie. La véritable initiation ne rend pas supérieur ; elle rend responsable.
Les rituels n’ont de valeur que s’ils transforment. Sinon, ils deviennent du décor : un serment sans fidélité, un mariage sans amour, une parole sans vie. Nous ne sommes pas une fraternité d’apparences. À chaque entrée dans un lieu sacré, une initiation recommence — à condition de retirer nos “sandales intérieures” : nos certitudes, nos rigidités, notre suffisance. Le véritable initié n’est pas celui qui sait, mais celui qui écoute ; celui qui accepte d’être remis en question ; celui qui comprend que toute vérité humaine est une vision, jamais un absolu possédé.
Gravir l’échelle est difficile. S’y maintenir l’est davantage, car plus on monte, plus les chutes sont lourdes. Les Ordres, les institutions, les traditions ne tiennent que par la qualité intérieure de ceux qui les portent : sans hommes renouvelés, tout se fige ou s’effondre. L’initiation n’est donc pas seulement un commencement : c’est une ligne de conduite. Et peut-être, au fond, une seule question à se poser chaque jour : suis-je aujourd’hui un peu plus conscient qu’hier ?


