ÉGOÏSME PROFANE OU VÉRITABLE ASCÉTISME INITIATIQUE ?
Chaque début d’année, le monde profane s’abandonne au rituel des bonnes intentions. Promesses de changement, listes de résolutions, élans vertueux souvent sincères… mais presque toujours éphémères. Dès février, l’enthousiasme s’éteint et l’ego reprend sa place, satisfait d’avoir voulu paraître meilleur, sans avoir réellement changé.
Ce réflexe n’est pas nouveau. Les Babyloniens, lors de la fête d’Akitu, cherchaient déjà la purification et le renouveau. Mais hier comme aujourd’hui, le rite est fréquemment accompli par conformité sociale plutôt que par véritable désir de transformation intérieure.
Derrière bien des intentions se cache une illusion : celle de croire que l’avenir nous sauvera de ce que nous refusons d’affronter au présent.

LE TEMPS MAÇONNIQUE N’EST PAS CELUI DU CALENDRIER
Dans le Temple, la logique est différente. Le franc-maçon ne dépend pas du 1er janvier pour se renouveler. Il sait que chaque jour est un seuil, chaque instant une possibilité de renaissance.
L’année maçonnique ne débute pas à minuit le 31 décembre, mais au moment symbolique où la Lumière reprend l’ascendant sur les ténèbres, autour de l’équinoxe de printemps. Ce cycle n’est pas seulement cosmique : il reflète le combat intérieur permanent entre l’ombre et la clarté, le chaos et l’ordre.
La véritable « bonne résolution » n’est donc pas une promesse différée, mais une prise de conscience immédiate : accepter de regarder ses ténèbres pour pouvoir marcher vers la Lumière.
DEVENIR INITIÉ… CONTINUELLEMENT
Le franc-maçon sait qu’on ne devient pas initié une fois pour toutes. L’initiation est un processus continu, fait de chutes reconnues, de rectifications patientes et de petites victoires silencieuses. La pierre brute ne se polit pas par enthousiasme passager, mais par persévérance humble.
« L’homme propose, mais le Grand Architecte dispose. »
Cette sagesse rappelle que l’essentiel n’est pas le résultat, mais la justesse de l’intention. Le travail initiatique ne vise pas la performance morale, mais l’harmonisation intérieure.
S’améliorer, c’est encore juger.
S’harmoniser, c’est trouver sa juste place.
ORA ET LABORA : UNE SEULE RESPIRATION
Prier et travailler ne sont pas deux actes distincts, mais les deux faces d’un même souffle. Toute action accomplie avec conscience devient prière incarnée. L’ordinaire se transmute alors en sacré : écrire, enseigner, construire, servir.
Le Cabinet de Réflexion rappelle cette vérité fondamentale. Dans l’obscurité la plus dense se cache la première Lumière. Là se joue la mort symbolique du profane et la naissance de l’Homme intérieur.
VITRIOL
Visita Interiora Terrae, Rectificando Invenies Occultum Lapidem.
Le trésor n’est pas à conquérir : il est à révéler.
UNE LUMIÈRE QUI NE DOMINE PAS, MAIS QUI GUIDE
Dans un monde saturé de compétition et de narcissisme, le franc-maçon incarne un contrepoint discret. Il ne cherche pas à briller, mais à éclairer. Il ne veut pas être admiré, mais utile. Sa Lumière ne s’impose pas : elle rassure, apaise, oriente.
L’égoïsme profane s’efface lorsque l’homme comprend que la seule tâche véritable n’est pas de « devenir meilleur », mais d’être vrai. En intégrant ses ombres, il cesse de les projeter sur le monde.
CONCLUSION
Ne demandons pas à l’année qui commence de nous offrir le succès ou la sérénité. Demandons-lui la lucidité de reconnaître notre Lumière, et le courage de la partager.
Chaque instant peut être un seuil.
Chaque geste, une pierre posée.
Chaque silence, un Temple qui grandit.
La 6026e année de la Vraie Lumière n’est pas une date.
C’est un état d’être.
Rosmunda Cristiano


