Le dimanche a cette vertu rare : il rend le silence audible. La semaine court, s’agite, s’emplit de tâches et de bruits. Puis vient ce jour où, sans rien prouver, sans rien conquérir, l’homme peut enfin se tenir debout face à lui-même. En franc-maçonnerie, ce temps-là n’est pas un « repos » au sens ordinaire. Il est une halte consciente, une reprise d’alignement.
Nous parlons souvent de travailler sur la Pierre. Mais à force de la nommer, nous risquons d’oublier ce qu’elle exige : non pas de grands gestes, mais de petites fidélités. Polir, c’est revenir. Revenir à l’essentiel quand tout pousse au dispersé. Revenir à la juste mesure quand l’ego réclame des certitudes, des victoires, des mots définitifs. Revenir à l’angle droit, non comme posture morale, mais comme discipline intérieure.

Le dimanche, le maillet n’a pas besoin de frapper fort. Il peut simplement se poser. La Pierre, elle, n’avance pas par coups d’éclat, mais par constance. Ce que nous appelons « perfectionnement » n’est pas une escalade de titres ou de degrés ; c’est une lente conversion du regard : apprendre à voir plus clair en soi pour juger moins vite chez l’autre.
Et si ce jour était fait pour une question simple, mais décisive : qu’ai-je ajouté au monde cette semaine ? Ai-je renforcé la confusion ou apporté un peu d’ordre ? Ai-je nourri l’amertume ou cultivé la paix ? Ai-je parlé pour briller ou pour éclairer ? La franc-maçonnerie n’est pas un refuge contre la vie ; elle est une école pour l’habiter autrement.
Dans la Tradition, l’initiation n’abolit pas nos failles : elle nous rend responsables de ce que nous en faisons. Ce n’est pas l’absence d’ombre qui fait la lumière, c’est la manière de l’apprivoiser. Le dimanche, on peut reconnaître ses aspérités sans se condamner, et reprendre l’ouvrage sans se mentir.
Alors, en ce jour, qu’il n’y ait ni grand discours ni promesse excessive. Seulement une résolution sobre : reprendre la route du dedans. Un pas. Un geste. Une attention. Une parole plus juste. Un peu plus de patience. Un peu moins de bruit.
Car la Pierre attend. Et le Temple, lui, ne se construit pas dans l’urgence : il se construit dans la fidélité.
Bon dimanche.


