Il existe en loge une espèce bien connue, discrète mais bruyante, humble en parole mais triomphante en décoration : le franc-maçon qui travaille plus son image que sa pierre.
On le reconnaît facilement. Il entre chargé de rubans comme un sapin de Noël initiatique, parle d’humilité avec l’assurance d’un empereur romain, et rappelle volontiers qu’il a « deux cents ans de franc-maçonnerie »… tout en oubliant parfois l’essentiel : apprendre encore quelque chose.
Ce frère-là n’est pas un ennemi déclaré de la franc-maçonnerie. Oh non… il l’aime beaucoup. Surtout lorsqu’elle sert de vitrine. La loge devient alors un showroom discret où l’on expose titres, décors et formules toutes faites, en espérant que la lumière du temple se transforme en projecteur personnel.
On pourrait sourire de ce personnage s’il n’avait pas un talent particulier : ralentir le travail des autres. Non pas par opposition frontale, mais par cette subtile alchimie qui consiste à préférer les conversations insignifiantes aux véritables échanges initiatiques, à encourager les « oui, mon frère » plutôt que les idées nouvelles, et à considérer toute lumière extérieure comme une concurrence déloyale.
Car il existe deux variantes de ce spécimen.

Le premier cherche dans la franc-maçonnerie une reconnaissance qu’il n’a pas trouvée ailleurs. Il collectionne les titres comme d’autres collectionnent les cartes Pokémon : avec application, parfois avec confusion, toujours avec passion. Pour lui, chaque fonction est une médaille, chaque médaille une victoire sur l’ombre… même si la pierre brute attend toujours son premier coup de maillet.
Le second est plus redoutable : cultivé, parfois brillant, mais persuadé d’être l’axe autour duquel tourne le pavé mosaïque. Il parle de fraternité comme d’autres parlent de stratégie, et voit dans chaque réussite d’un frère une tentative d’usurpation cosmique.
Le paradoxe est délicieux : celui qui proclame le plus fort la lumière semble souvent craindre qu’elle éclaire… ses propres zones d’ombre.
Il prêche l’humilité avec une telle conviction que l’on se demande parfois s’il n’en a pas déposé le brevet. Il invoque la tradition comme un bouclier, la hiérarchie comme une échelle, et la fraternité comme un décor de théâtre.
Mais rassurons-nous : la franc-maçonnerie survit à ces épisodes décoratifs depuis plusieurs siècles. Elle possède une vertu discrète mais redoutable : le temps.
Car la lumière a cette fâcheuse tendance à révéler ce qui brille vraiment… et ce qui scintille seulement.
Au fond, le véritable danger pour notre institution n’est ni le profane sceptique, ni le critique extérieur, mais ce moment où le miroir initiatique devient un simple cadre pour autoportrait.
Heureusement, la tradition nous rappelle que le tablier n’est pas un costume… mais un outil de travail.
Et que la pierre brute, elle, ne se polit pas avec des médailles.
Inspiré d’un texte de João Herrera , Oriente de Campo Grande – GOB-MS – M:. JE:. et 33ème du REAA


