Aller au restaurant devrait être simple. S’asseoir, choisir, manger. Le franc-maçon, lui, commence par observer la salle. L’orientation des tables, la lumière, l’équilibre général. Il ne critique pas. Il constate. Le serveur l’installe. Il sourit. La table n’est pas d’équerre. Il sourit encore.
La carte arrive. Longue. Trop longue. Le franc-maçon lit tout. Il cherche l’harmonie. Il hésite entre tempérance et curiosité. Il finit par demander conseil au serveur, avec une phrase très calme et très longue. Le serveur répond vite. Décision prise. Mauvaise. Mais assumée.
À table, la conversation s’anime. Quelqu’un parle trop fort, un autre coupe la parole. Le franc-maçon écoute. Il hoche la tête. Il attend son tour. Il n’arrive jamais. Il se sert un peu d’eau. Travail sur soi discret.

Quand le plat arrive, il est trop chaud. Il attend. Quand il est tiède, il mange. Quand il est bon, il ralentit. Il savoure. Il se dit que la maîtrise, finalement, ce n’est pas renoncer, c’est savoir quand s’arrêter. Il s’arrête trop tard.
Le dessert est proposé. Il hésite une seconde. Une très courte seconde. Puis il accepte, au nom de l’équilibre global du repas. La tempérance pleure doucement dans un coin.
Au moment de payer, il propose de partager équitablement. Quelqu’un veut arrondir. Un autre chipote. Le franc-maçon calcule mentalement. Il arrondit aussi. Pour la paix. Toujours pour la paix.
En sortant, il se sent bien. Un peu lourd, certes, mais serein. Il n’a converti personne, n’a corrigé personne, n’a pas donné de leçon. Il a mangé, observé, souri. Le travail continue, même à table.
Le franc-maçon ne mange pas seulement pour se nourrir. Il apprend à se maîtriser… surtout devant le dessert.



