Après UN FRANC-MAÇON, ÇA FAIT QUOI UN DIMANCHE ?, :
Le lundi matin, le franc-maçon arrive au travail avec une ferme intention : être profane. Il s’est préparé mentalement. Il a laissé son tablier à la maison. Il s’est juré de ne pas utiliser les mots Lumière, Temple ou symbolique avant midi. C’est déjà beaucoup.

À 8h42, il arrive légèrement en avance. Par habitude. Il observe l’open space comme il observerait un temple mal orienté : il repère instinctivement les places dominantes, les axes de circulation et celui qui parle trop fort. Réflexe maçonnique. Il se reprend.
À 9h30, réunion. Personne n’écoute vraiment, tout le monde parle. Le franc-maçon, lui, écoute. Beaucoup. Trop. Il attend son tour, puis il attend encore, puis il attend toujours. Quand il parle enfin, il commence par : « Si vous me permettez une approche globale… » Erreur fatale. On le regarde avec méfiance : il parle trop calmement, il ne coupe personne. On le soupçonne immédiatement d’être dangereux.
Vers 11h00, un conflit éclate. Deux collègues s’opposent, les voix montent, les ego aussi. Le franc-maçon respire et pense : Tempérance. Justice. Prudence. Il intervient avec sagesse, apaise, nuance… Résultat : tout le monde est d’accord pour dire qu’il n’aide pas. Dans le monde profane, la nuance est souvent prise pour une absence d’opinion, et le calme pour une provocation.
À 13h00, pause déjeuner. Il mange en silence et écoute encore. Il se dit qu’en loge, ce débat aurait duré trois tenues, deux planches et une agape trop longue. Ici, ça dure quinze minutes, et la décision tombe avant le dessert. Il est presque déçu : même les passions profanes manquent de tenue.
À 15h30, on lui demande son avis sur une décision importante. Moment grave. Il réfléchit, il pèse le pour et le contre, il cherche la voie juste… puis quelqu’un tranche : « Bon, on n’a pas le temps. » La décision est prise. Mal. Il acquiesce poliment. Travail sur soi intensifié.
À 17h45, il quitte le bureau fatigué. Pas physiquement : intérieurement. Il se dit qu’être franc-maçon au travail, ce n’est pas imposer une sagesse, mais supporter le chaos avec dignité. Et parfois, en rentrant chez lui, il a cette pensée étrange, presque coupable : « Finalement… la loge, c’est reposant. »



