On dit que la Franc-Maçonnerie est une institution initiatique, symbolique et traditionnelle.
En France, elle est surtout devenue… une institution fatiguée, qui baille plus souvent qu’elle n’éveille.
Car enfin, soyons honnêtes entre Frères (et Sœurs) :
si l’avenir de la Franc-Maçonnerie dépend uniquement de la moyenne d’âge des colonnes, alors il est déjà inscrit dans le Livre de l’Apprenti… mais à la page nécrologie.
DES TEMPLES PLEINS… MAIS D’ABSENTS
Jamais les temples n’ont été aussi bien chauffés, aussi bien éclairés, aussi bien équipés.
Jamais ils n’ont été aussi peu habités — intérieurement.
On y trouve :
- des Frères physiquement présents mais spirituellement en RTT,
- des Sœurs ultra-engagées… dans les commissions,
- des Apprentis enthousiastes… jusqu’à leur première planche jugée « pas assez maçonnique ».
La Franc-Maçonnerie française a ainsi inventé un concept inédit : le rituel récité sans être vécu.

UNE OBSESSION ADMINISTRATIVE DIGNE D’UN MINISTÈRE
Autrefois, on taillait la pierre.
Aujourd’hui, on remplit des tableaux Excel.
Le Maçon moderne ne s’initie plus vraiment au symbolisme :
il s’initie au règlement intérieur,
au protocole,
et au processus de validation du processus.
Certains Ateliers passent plus de temps à débattre du placement des chaises que du sens de la démarche initiatique.
Résultat : des temples parfaitement ordonnés… et des consciences en désordre.
LE GRAND MALENTENDU GÉNÉRATIONNEL
Les jeunes cherchent :
- du sens,
- de la profondeur,
- une transformation intérieure.
La Franc-Maçonnerie leur propose :
- des banquets trop longs,
- des agapes trop lourdes,
- et des débats sur « comment on faisait en 1983 ».
Étrangement, ils ne reviennent pas.
On accuse alors la société, le numérique, l’individualisme.
Jamais la question centrale : et si le problème venait de nous ?
TRADITION OU CONSERVATION : LA CONFUSION FATALE
La tradition est vivante. La conservation est un musée.
Or trop de loges confondent fidélité aux Anciens Devoirs et peur panique du changement.
On répète les gestes, mais on a oublié pourquoi.
On protège les formes, mais on a perdu le fond.
À force de vouloir « ne rien modifier », on a surtout cessé de transmettre.
POURTANT… TOUT N’EST PAS PERDU
Car sous la poussière des colonnes, il reste une braise.
Il reste :
- des Frères silencieux mais sincères,
- des Sœurs lucides et courageuses,
- des Apprentis qui posent encore les bonnes questions — celles qui dérangent.
Il reste cette intuition folle que la Franc-Maçonnerie pourrait redevenir :
- un lieu de transformation réelle,
- un espace de liberté intérieure,
- une école de responsabilité humaine.
Mais à une condition : oser se regarder sans tablier d’illusion.
CONCLUSION (NON RITUELLE)
L’avenir de la Franc-Maçonnerie en France ne se jouera ni dans les effectifs, ni dans les obédiences, ni dans les communiqués officiels.
Il se jouera :
- dans la sincérité des travaux,
- dans la qualité du silence,
- dans le courage de dire : « Nous nous sommes parfois trompés. »
Et peut-être alors, entre deux planches mal dégrossies et un éclat de rire fraternel,
la Lumière cessera d’être un mot… pour redevenir une expérience.



