(Manuel avancé pour initié pressé, ego fragile et tablier immaculé)
La franc-maçonnerie prétend transformer l’homme. C’est vrai… à condition de résister de toutes ses forces à cette transformation. Heureusement, beaucoup y parviennent très bien. Voici donc les techniques les plus efficaces pour progresser sans effort, sans remise en question et surtout sans danger pour l’amour-propre.
1. FAIRE SEMBLANT DE CHERCHER LA LUMIÈRE
(SANS JAMAIS REGARDER OÙ ELLE ÉCLAIRE)
Parlez sans cesse de quête, de chemin, de profondeur. Mais attention : ne regardez jamais en vous. C’est désagréable, parfois humiliant, et ça pourrait révéler que vous êtes venu en loge pour être reconnu, pas pour être transformé.
La vraie astuce consiste à chercher la Lumière chez les autres… pour leur expliquer qu’ils la cherchent mal.

2. TRANSFORMER LE RITUEL EN SPECTACLE VIDE
Le rituel est une merveilleuse chose : répété machinalement, il finit par ne plus rien dire. Récitez-le comme on récite un mode d’emploi IKEA, sans jamais vous demander pourquoi vous tenez cet outil, ni ce que vous êtes censé construire avec.
Un rituel vécu devient initiatique.
Un rituel récité devient un excellent somnifère collectif.
3. PRENDRE LA FONCTION AVANT LA COMPRÉHENSION
Pourquoi attendre de comprendre quand on peut diriger ? La fonction est une bénédiction : elle donne l’illusion du travail, la jouissance de l’autorité, et surtout une excuse parfaite pour ne plus réfléchir.
Être officier, c’est merveilleux :
- on organise,
- on contrôle,
- on corrige les autres…
sans jamais se corriger soi-même.
4. PARLER DE SYMBOLISME COMME D’UN OBJET MORT
Le symbole est vivant. Donc dangereux. Neutralisez-le. Classez-le, figez-le, expliquez-le une fois pour toutes. Dites :
« Ce symbole signifie X. Point. »
Ainsi, plus aucune expérience intérieure ne pourra surgir. Le symbole devient un bibelot culturel. Inoffensif. Comme vous.
5. CONFONDRE SILENCE ET VIDE INTÉRIEUR
Le silence initiatique est un travail. Mais le mutisme paresseux est plus confortable. Ne dites rien, ne ressentez rien, ne bougez rien. Appelez ça “recul”, “sagesse”, ou mieux : “maîtrise”.
Un Maître qui ne travaille plus est souvent convaincu d’avoir atteint le sommet.
En réalité, il s’y est assis.
6. FAIRE DES HAUTS GRADES UN ASCENSEUR SOCIAL
Les hauts grades sont un terrain idéal pour le non-effort : plus on monte, moins on redescend en soi. Collectionnez-les comme des diplômes honorifiques. Peu importe le sens, l’essentiel est le décor.
Un bon franc-maçon sans effort ne cherche pas la verticalité intérieure :
il préfère la hauteur de vue imaginaire.
7. REMPLACER LA FRATERNITÉ PAR LA CONNIVENCE
La fraternité authentique dérange : elle oblige à l’honnêteté, à la confrontation, parfois à la vérité. Préférez la connivence molle : sourires, consensus creux, compliments automatiques.
Surtout, ne dites jamais à un Frère ce qui pourrait l’aider à grandir. Il pourrait vous en vouloir. Et perdre un ami est bien plus grave que perdre l’initiation.
CONCLUSION : LE TRIOMPHE DU MAÇON INTACT
Vous avez réussi.
Des années en loge. Des grades. Des fonctions. Des discours.
Et surtout : aucune transformation intérieure détectable.
La pierre est restée brute, mais le tablier est impeccable, le CV maçonnique brillant, et l’ego parfaitement préservé.
Seul problème :
l’Art Royal ne se laisse pas tromper éternellement. Il attend. Il observe. Et un jour, sans prévenir, il pose cette question terrible :
« Qu’as-tu réellement bâti ? »


