On aime dire que “la Franc-Maçonnerie apporte la Lumière”. Très bien.
Mais une question dérangeante mérite d’être posée : combien de Frères, en réalité, fructifient ?
Le texte de Paulo Santos s’appuie sur la parabole du semeur (Matthieu 13:3-9) : des graines sont semées, mais toutes ne deviennent pas moisson. Certaines disparaissent immédiatement, d’autres lèvent puis meurent, d’autres encore sont étouffées. Au final, une minorité seulement porte du fruit — et même là, inégalement : 30, 60, 100.
Traduction brutale pour nos Loges : tous les initiés ne deviennent pas des bâtisseurs. Et ce n’est pas uniquement une affaire de “niveau” ou de “temps”. C’est aussi — et parfois surtout — une question de sol.
Chaque Frère est une graine… mais toutes ne poussent pas chez nous
Chaque nouveau Frère arrive avec une promesse : un potentiel, une quête, un désir de lumière. Il apporte aussi son “patrimoine intérieur” : son histoire, sa sensibilité, ses blessures, ses forces, sa part de silence. Bref, il arrive avec un germe.
Mais voilà : une Loge n’est pas un musée de symboles. C’est un terrain. Et un terrain peut nourrir… ou tuer.
Le texte rappelle que, dans la parabole, la graine échoue pour quatre grandes raisons. On peut y lire, sans forcer, quatre dérives maçonniques très actuelles.

La graine mangée sur le chemin : l’ego prédation
Là, la graine n’a même pas le temps de commencer. Les “oiseaux” la dévorent. Dans la lecture proposée, ils symbolisent le mal, et surtout l’ego.
En Loge, cela se traduit simplement :
un Frère fragile arrive, et il est absorbé par les jeux d’influence, les petites humiliations, les vanités, les clans.
On ne le forme pas, on le consomme. On ne l’élève pas, on l’utilise.
La graine sur sol pierreux : pas de profondeur, donc pas de racines
Elle lève vite, puis s’effondre. Pourquoi ? Pas de profondeur.
Version loge : beaucoup d’enthousiasme au début, puis… rien.
Parce que le Frère n’a pas trouvé de quoi enraciner son chemin : pas d’accompagnement, pas d’écoute, pas d’espace de travail intérieur réel. On lui donne des formes, pas une méthode.
La graine brûlée par le soleil : la lumière qui brûle au lieu d’éclairer
Le soleil devrait être vie. Pourtant il brûle.
En Loge, c’est quand la “lumière” devient une arme :
exigences mal posées, rigidités, jugement moral, pression, surenchère doctrinale.
On confond progression et performance. On transforme l’initiation en compétition. Et certains “bons germes” sèchent.
La graine étouffée par les épines : l’ambiance qui tue lentement
Elle pousse… mais l’atmosphère l’étrangle.
Ce sont les Loges où la paix n’existe plus : tensions, rancœurs, rumeurs, querelles interminables. Les épines, ce sont aussi les paroles inutiles, les critiques, la médisance, les dossiers “politiques” internes. Ici, la graine ne meurt pas d’un choc : elle meurt d’asphyxie.
Question qui pique : la fertilité de votre Loge est-elle réelle ?
Le texte ose une interrogation que beaucoup évitent :
si tant de graines ne donnent pas de fruits, le problème vient-il toujours des graines ?
Ou bien de la terre ?
Autrement dit : quelle nourriture donnons-nous à nos âmes ? Nourrissons-nous le carré (la rectitude, la mesure, l’éthique), ou bien l’ego ? Sommes-nous attentifs à la personnalité profonde de nos Frères, ou seulement à leur conformité sociale ?
Et surtout : cultivons-nous la concorde, ou entretenons-nous des épines ?
La provocation finale : avant de juger un Frère, passez-le au triple tamis
Paulo Santos propose une discipline simple : appliquer les trois tamis de Socrate avant de parler d’un Frère.
Est-ce vrai ? Est-ce bon ? Est-ce utile ?
Et, plus radical encore : pointer l’épée vers soi avant de la pointer vers l’autre.
Car une Loge qui commente, juge et divise produit rarement des moissons. Une Loge qui écoute, corrige avec justice et protège la croissance intérieure devient, elle, une bonne terre.
La semence est là. Presque toujours.
La vraie question est donc celle-ci :
Sommes-nous un sol qui élève… ou un sol qui épuise ?


