On l’entend encore : “la franc-maçonnerie, c’est pour les bien placés, les influents, les notables”. C’est une idée reçue qui résiste au temps… mais qui rate la cible. La franc-maçonnerie n’est pas un club mondain : elle ne recrute pas sur le statut, elle discerne une démarche. Et si l’on croise parfois des profils visibles ou installés, cela ne prouve rien : on trouve en loge des hommes (et selon les obédiences, des femmes) de tous milieux. Ce qui compte n’est pas l’étiquette extérieure, mais la disposition intérieure.
Oui, il y a sélection. Oui, il y a des obstacles. Et c’est normal : une loge n’est pas une salle d’inscription, c’est un atelier. Admettre quelqu’un, c’est l’accueillir, le former, l’accompagner parfois pendant des années. Les “erreurs de casting” se paient toujours : tensions, démotivation, perte de sens, et parfois départs. Donc non, on n’accepte pas “pour remplir” ou “pour faire plaisir”. Le discernement protège tout le monde : le candidat autant que la loge.

Les critères sont globalement publics (même s’ils varient selon les obédiences). Certains repères traditionnels existent : certaines structures restent masculines, certaines exigent la référence au GRAND ARCHITECTE DE L’UNIVERS, et toutes attendent un candidat honorable, de bonne réputation, capable de se tenir dans une démarche sincère. Autrement dit : il faut une cohérence minimale entre ce que la franc-maçonnerie propose… et ce que le candidat vient chercher.
Mais le vrai filtre n’est pas social : il est moral et intérieur. Un candidat doit pouvoir se reconnaître dans l’essentiel : éviter le vice, pratiquer la vertu, placer la justice et la vérité avant tout. Ce socle n’est pas un slogan : il implique une capacité d’introspection, d’effort, de remise en question, et une fidélité à la parole donnée. S’il vient “pour obtenir” (un réseau, une protection, une influence) plutôt que pour se transformer, il ne se sentira pas à sa place — et fera perdre du temps à la loge comme à lui-même.
Attention toutefois au piège inverse : à force de paraître “inaccessible”, la franc-maçonnerie décourage ceux qui partagent déjà ses valeurs. Beaucoup s’imaginent que la porte est réservée aux “VIP”, alors qu’elle est surtout réservée à ceux qui viennent avec une intention droite, patiente, constructive. Et c’est peut-être là l’obstacle moderne le plus absurde : des personnes parfaitement compatibles n’osent pas demander, persuadées d’avance qu’elles “n’ont pas le profil”.
Conclusion, ancienne et simple : si tu veux entrer, commence par frapper. Sans arrogance, sans fantasmes, sans précipitation. Souvent, la surprise n’est pas le refus… c’est l’accueil, après le temps nécessaire au discernement.
Source : Texte inspiré d’un billet signé Paul M., publié sur le blog Apart stone (22 mars 2011).


