La Franc-Maçonnerie écossaise en France, le rite écossais ancien et accepté, d’Albert Lantoine (éditions Dervy), est un ouvrage de référence pour comprendre l’histoire et la structuration du Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA) en France, en dépassant les récits trop romancés qui entourent souvent sa naissance.
Paru initialement en 1930 et régulièrement redécouvert, ce livre se distingue par une intention claire : débarrasser le REAA des légendes qui ont parfois enjolivé — et obscurci — sa genèse. Lantoine s’intéresse à ce que les documents permettent réellement d’affirmer, et à la manière dont un rite s’organise institutionnellement au fil du temps.
Comprendre le REAA : 33 degrés, mais surtout deux niveaux de pratique
Le REAA est connu pour ses 33 degrés, mais il est généralement pratiqué dans un cadre à deux organismes :
- une obédience qui fédère les loges des trois premiers grades (symboliques) ;
- une juridiction de hauts grades dirigée par un Suprême Conseil, du 4e au 33e degré.
Cette architecture explique une grande partie des débats d’autorité et des recompositions qui ont jalonné l’histoire du Rite.
Des origines américaines à l’implantation française
Le résumé rappelle la fondation du Rite à Charleston en 1801 (John Mitchell et Frederic Dalcho), sur la base des Grandes Constitutions de 1786 attribuées à Frédéric II de Prusse. Le REAA arrive en France en 1804 grâce à Grasse-Tilly, qui fonde cette année-là le premier Suprême Conseil français.
Entre 1805 et 1814, le Grand Orient de France administre les 18 premiers degrés, tandis que le Suprême Conseil de France gère les degrés 19 à 33. Après une période de sommeil, une réorganisation en 1821 conduit à une fusion donnant naissance au Suprême Conseil de France comme puissance maçonnique souveraine.
GLDF : création, autonomie puis indépendance
Autre étape importante : en 1894, le Suprême Conseil crée la Grande Loge de France. L’indépendance devient complète en 1904, lorsque le Suprême Conseil renonce à délivrer les patentes constitutives des nouvelles loges, tout en se considérant toujours comme gardien de la cohérence des 33 degrés.
Pourquoi lire ce livre aujourd’hui ?
Parce que le REAA est souvent cité, mais rarement expliqué avec rigueur. Lantoine apporte une mise au clair utile : chronologie, institutions, rapports entre obédiences et hauts grades, et surtout une démarche critique qui vise à éclairer la part d’ombre sans nier la portée symbolique du Rite.
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