Lévitique 22:15
Lorsqu’une personne est invitée à rejoindre la Franc-maçonnerie, elle est désignée comme candidat ou aspirant à devenir franc-maçon. Pourtant, dans la pratique, il est fréquent que les termes employés diffèrent.
Dans les convocations annonçant une cérémonie d’Initiation, les Loges mentionnent souvent l’initiation d’un « Profane », alors qu’il serait plus exact de parler d’un « Candidat ».
Dans le langage courant des Tenues, lorsqu’un Frère excuse l’absence d’un autre Frère, il est habituel d’entendre qu’il est absent « pour des raisons profanes ». Même si chacun comprend qu’il s’agit d’obligations professionnelles, familiales ou sociales, cette expression peut parfois laisser entendre, à tort, une connotation négative.
Le terme profane apparaît d’ailleurs à de nombreuses reprises dans la cérémonie elle-même.
L’Initiation maçonnique constitue l’acte symbolique par lequel un nouvel adepte est accueilli dans l’Ordre. Elle est composée d’une succession d’actes à la fois rituels, symboliques et initiatiques, visant à introduire le candidat à la philosophie et à la tradition de la Franc-maçonnerie.
L’initiation n’est pas une transmission passive : elle implique un engagement actif des deux parties. L’Ordre propose une voie, et l’initié doit s’efforcer de la parcourir. Symboliquement, l’Initiation correspond à une mort et à une renaissance. Le néophyte abandonne son ancien état pour renaître en homme nouveau.
SIC TRANSIT GLORIA MUNDI – renaître à soi-même.
L’initiation peut ainsi être comprise comme un processus de maturation spirituelle.
Dans le Rituel d’Apprenti, la référence au candidat apparaît dans les parties explicatives précédant la cérémonie. Cependant, dans la section relative à la préparation, le texte indique :
« Le profane doit être conduit à la Loge par son parrain… »
Dans la Chambre de Réflexion, le candidat est parfois désigné comme récipiendaire, terme qui désigne celui qui est reçu au sein d’une communauté de savoir ou d’une institution initiatique.
Durant la cérémonie elle-même, le terme profane demeure le plus utilisé. Par exemple, lorsque l’Expert revient de la Chambre de Réflexion, il déclare :
« Vénérable Maître, le Profane a rempli sa première obligation. »
Puis il est demandé aux Frères :
« Êtes-vous satisfaits des réponses du Profane ? »
On notera que le mot Profane est souvent écrit avec une majuscule, soulignant qu’il ne s’agit pas d’un jugement moral mais d’une désignation symbolique.
D’un point de vue étymologique, le mot profane provient du latin profanus, composé de pro (« devant ») et fanum (« temple »). Était considéré comme profane celui qui se trouvait à l’extérieur du temple, c’est-à-dire hors de l’espace sacré.
Dans la Bible, la distinction entre sacré et profane apparaît notamment dans Ézéchiel 44:23 :
« Ils enseigneront à mon peuple à distinguer ce qui est sacré de ce qui est profane, et ils lui feront discerner ce qui est impur et ce qui est pur. »
Toutefois, la Franc-maçonnerie n’est pas une religion. Elle ne prétend pas remplacer une foi ni instituer un dogme religieux. Dès lors, l’emploi du terme profane peut susciter des interrogations : est-il approprié de qualifier ainsi une personne invitée à rejoindre une institution qui se veut humaniste et initiatique ?
Dans le langage symbolique maçonnique, le profane n’est pas une personne impie ou sacrilège. Il désigne simplement celui qui n’a pas encore été initié, celui qui ne connaît pas encore les symboles, les rituels et la méthode de travail propre à la Franc-maçonnerie.
Le profane n’est pas méprisé : il est simplement extérieur à la démarche initiatique. Il ne s’agit donc pas d’un jugement de valeur, mais d’une distinction symbolique entre deux états : celui qui ignore encore la méthode et celui qui s’engage à la découvrir.
On comprend alors qu’il serait paradoxal d’inviter une personne réellement dépourvue de qualités morales à rejoindre l’Ordre. La Franc-maçonnerie recherche des femmes et des hommes libres, de bonnes mœurs, capables de travailler sur eux-mêmes.
La question demeure cependant pertinente : le terme profane est-il toujours le plus approprié aujourd’hui, sachant que certains de ses synonymes évoquent l’irrévérence, l’impiété ou la transgression du sacré ?
Peut-être convient-il de rappeler que le langage initiatique possède sa propre symbolique et qu’il doit être compris dans son contexte. Le profane n’est pas un homme inférieur : il est simplement celui qui se tient encore devant la porte du Temple, prêt à entreprendre un chemin de transformation intérieure.
La réflexion reste ouverte.
E. Figueiredo – ARLS Vrais Frères n°669 (GLESP)


