Publié le 9 octobre 2013, le Dictionnaire du Rite Écossais Ancien et Accepté de Michel Saint-Gall vient combler un manque rare dans la littérature maçonnique : un véritable dictionnaire consacré aux mots, formules et expressions rencontrés dans les rituels et tuileurs du REAA.
L’ouvrage se distingue par une approche exigeante et accessible : pour chaque terme, l’auteur propose, autant que possible, la prononciation, la traduction correcte, l’étymologie et parfois la référence biblique. Afin de le rendre “à la portée de tous”, aucune indication n’est donnée sur les degrés où apparaissent ces mots : le lecteur peut donc s’y référer quel que soit son parcours.
Une part importante est consacrée aux hébraïsmes : des mots ou expressions dits “hébreux”, parfois authentiques, parfois approximatifs, voire incertains. Michel Saint-Gall en traduit la plupart et, lorsque c’est nécessaire, présente aussi les interprétations divergentes relevées chez différents tuileurs et auteurs, anciens comme modernes.
Le dictionnaire est précédé d’études utiles sur les origines de ces termes, leur prononciation, les caractères traditionnels et leurs graphismes, ainsi qu’une bibliographie de base. Au final, ce livre s’adresse autant au Maçon curieux qu’au chercheur averti, et même au-delà du REAA : il apporte des réponses solides à tous ceux qui s’interrogent sur l’origine et le sens de ces mots “sacrés” qui structurent le travail initiatique.
Référence : Michel Saint-Gall, Dictionnaire du Rite Écossais Ancien et Accepté, broché, 9 octobre 2013.
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Michel Saint-Gall, passé à l’Orient Éternel en février 2017, fut de ces figures discrètes qui traversent les Loges et les Ateliers non pour y laisser leur nom en lettres d’or, mais pour y déposer une lumière précise, patiente, presque austère dans sa fidélité à la Tradition. Issu d’une génération qui connut les remous de l’après-guerre et les recompositions profondes de la franc-maçonnerie française, il consacra une part essentielle de son existence à scruter les racines cachées du Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA), ce vaste édifice rituel où se mêlent les apports templiers supposés, les héritages rosicruciens, les strates kabbalistiques et les échos alchimiques.
Son œuvre ne se contente pas de commenter. Elle fouille, elle restaure, elle confronte les textes aux sources oubliées. Parmi ses contributions notables, on retiendra des travaux sur la symbolique maçonnique puisée aux origines bibliques et hermétiques, des préfaces qui éclairent d’autres plumes initiées – comme celle d’André Benzimra explorant le Temple à la lumière de la Kabbale –, et surtout ce Dictionnaire du Rite Écossais Ancien et Accepté paru en 2013 chez Télètes, réédition enrichie d’un labeur entamé dès les années 1980-1990. Cet ouvrage, loin d’être un simple lexique utilitaire, se présente comme un acte de piété envers la parole sacrée proférée dans les Chambres du Milieu.
Nous pénétrons dans ce livre avec la sensation rare que les mots eux-mêmes attendent d’être délivrés de leur gangue profane. Michel Saint-Gall ne se borne pas à aligner des définitions ; il nous invite à écouter la résonance ancienne de chaque terme, à percevoir comment le son hébraïque – ou ce qui passe pour tel dans les rituels – vibre encore dans la bouche du Maître des Cérémonies ou du Vénérable. Le titre annonce déjà la profondeur : il s’agit des hébraïsmes et des autres vocables d’origine française, étrangère ou inconnue qui parsèment les rituels du Rite Écossais Ancien et Accepté. Ces mots, souvent malmenés par la transmission orale, déformés par les copistes successifs ou altérés par l’ignorance pieuse des Frères, Michel Saint-Gall les soumet à une triple épreuve : la prononciation restituée autant que possible, l’étymologie rigoureuse, la traduction littérale confrontée aux interprétations traditionnelles maçonniques.
Là où le tuileur classique se contente souvent d’une glose convenue, Michel Saint-Gall ose dire que tel terme, tenu pour hébraïque sacré, n’est en réalité qu’une approximation phonétique issue d’un latin ecclésiastique mal compris, ou d’un araméen déformé, voire d’une invention rituelle du XVIIIe siècle. Il traduit la plupart de ces expressions, non pour les vider de leur mystère, mais pour en révéler la charge initiatique authentique. Certains mots sacrés, intraduisibles ou inconnus dans leur forme originelle, deviennent sous sa plume des énigmes vivantes : ils nous renvoient à l’acte même de l’initiation, où le néophyte doit affronter l’inconnu linguistique comme il affronte l’inconnu ontologique. D’autres, porteurs d’une signification traditionnelle qui diverge de la lettre exacte, nous enseignent combien la Tradition maçonnique est une Tradition vivante, qui préfère parfois la justesse spirituelle à la justesse philologique.
Les études liminaires qui précèdent le dictionnaire proprement dit nous plongent dans les origines de ces vocables : les racines sémitiques, les altérations dues aux scribes médiévaux, les influences croisées entre la Kabbale chrétienne, l’hermétisme renaissant et les constructions ésotériques du Siècle des Lumières. Michel Saint-Gall évoque les caractères traditionnels, leurs graphismes, la manière dont le tracé hébraïque – aleph, daleth, mem – se charge d’une puissance opérative dans le cadre rituel. Il nous rappelle que prononcer correctement n’est pas une coquetterie érudite, mais un geste magique au sens le plus noble : restaurer la vibration originelle pour que le Verbe opère à nouveau. Et lorsqu’il fournit les références bibliques là où elles existent, ou avoue humblement leur absence, nous mesurons combien le Rite Écossais Ancien et Accepté puise dans la Bible – non comme un livre historique, mais comme un réservoir de symboles opératifs, où le Nom divin, les noms des anges, les invocations du Temple de Salomon résonnent encore dans nos Loges.
Ce dictionnaire dépasse donc le cadre strict du REAA pour toucher tout Maçon soucieux de la parole juste. Il nous confronte à cette vérité initiatique majeure. Le langage rituel n’est pas un ornement ; il est le véhicule de la Lumière. En corrigeant, en éclaircissant, en nuançant les interprétations des tuileurs anciens et modernes, Michel Saint-Gall accomplit un travail de restitution qui est aussi un travail de sanctification. Il nous enseigne que l’ésotérisme maçonnique ne saurait se passer de cette ascèse philologique, car le mot mal prononcé est un mot qui perd sa force, un mot qui risque de devenir idole au lieu de rester Verbe.
À travers ces pages austères en apparence, nous retrouvons la dimension contemplative propre à la voie maçonnique : chaque entrée devient prétexte à méditation. Que signifie, par exemple, que tel mot prétendument hébraïque soit en réalité une corruption d’un terme grec ou latin ? Cela nous ramène à l’universalité de la Tradition primordiale, où les langues se croisent comme les colonnes du Temple, Jachin et Boaz, pour soutenir l’édifice invisible. Michel Saint-Gall ne tranche pas toujours ; il expose les divergences entre érudits, entre tuileurs, laissant au lecteur – au Frère – le soin de choisir la voie qui résonne en lui. Cette humilité est elle-même initiatique.
Nous sortons de cette lecture avec le sentiment que la franc-maçonnerie, dans sa dimension la plus haute, est une quête incessante du mot perdu, non pour le retrouver tel quel, mais pour le recréer en nous par l’effort et la grâce. Michel Saint-Gall, par ce dictionnaire, nous offre un outil précieux pour cette recréation. Il nous rappelle que derrière chaque mot sacré murmuré dans le secret des Loges se cache une histoire millénaire, un souffle divin capturé dans le son, et que notre devoir de Maçons est de le transmettre intact, ou du moins le plus fidèle possible, à ceux qui viendront après nous.
C’est là, dans cette fidélité patiente aux origines, que réside sans doute la plus belle leçon de cet ouvrage. La Tradition n’est pas figée mais vit dans la mesure où nous la servons avec rigueur et avec amour.