ÉTAT DES LOGES : SILENCE, ON TOURNE EN ROND
Il fut un temps où l’on entrait en loge pour se transformer.
Aujourd’hui, on y entre parfois pour… se garer.
Se garer intellectuellement, bien sûr. À l’abri des intempéries du monde profane, sous le prétexte confortable que « le rituel suffit » et que « ça a toujours été comme ça ». Traduction : surtout, ne touchons à rien, au cas où quelque chose finirait par bouger.
Des loges pleines… mais légères
Les colonnes sont parfois bien garnies, mais l’air y circule mal. On y respire une étrange atmosphère : un mélange de nostalgie, de procédures, et de fatigue existentielle. Les planches s’allongent, les débats se raccourcissent, et le silence initiatique a été remplacé par un silence… gêné.
On ne parle plus de la pierre brute, mais de la clim. On ne débat plus de symbolisme, mais du traiteur.
Et quand quelqu’un ose poser une vraie question, on lui répond avec gravité :
— « Ce n’est pas à l’ordre du jour. »

L’initiation version “forfait standard”
L’initiation, autrefois choc intérieur, est parfois devenue une expérience culturelle encadrée, proche de la visite guidée :
« À gauche, le symbole. À droite, le symbole. Merci de ne pas toucher. »
Le profane arrive en quête de sens. Il repart avec un tablier, trois mails par semaine, et une invitation à rejoindre une commission. La lumière ? Elle est en option, selon disponibilité.
Des Frères très occupés… à ne pas chercher
Les loges françaises ne manquent ni de Frères sincères, ni de bonnes intentions. Elles manquent surtout de courage initiatique. Le courage de dire que quelque chose ne fonctionne plus. Le courage d’admettre que la Tradition n’est pas un musée, mais un outil vivant.
Car à force de confondre fidélité et immobilisme, on finit par vénérer la poussière plutôt que la Lumière.
L’humour comme dernier signe vital
Heureusement, il reste l’humour. Ce réflexe salutaire qui permet encore de rire de nous-mêmes. Tant qu’un Frère peut ironiser sur sa propre loge, tout n’est pas perdu. Le jour où plus personne ne rira… il faudra vraiment s’inquiéter.
Pour conclure (mais ça pique un peu)
La franc-maçonnerie française n’est pas morte. Mais certaines loges dorment profondément — et ronflent symboliquement.
La vraie question n’est donc pas : « Comment attirer de nouveaux membres ? »
mais plutôt : « Sommes-nous encore capables d’initier autre chose que des agendas ? »
Silence en loge. La planche est finie. Le travail, lui, reste à faire.
Billet d’humeur maçonnique de GADLU.INFO


