Trois nuits dehors. Sans confort. Sans certitudes. Et avec cette sensation brutale qu’on ne souhaite à personne : celle de ne pas savoir si l’on sera réellement en sécurité au moment de fermer les yeux.
C’est ainsi que trois francs-maçons du Cumberland et du Westmorland, dans le comté de Cumbria, ont résumé leur participation à un défi solidaire destiné à sensibiliser au sans-abrisme chez les anciens combattants.
Un défi simple… et terriblement parlant
Baptisée Veterans Masonic Challenge, l’initiative — menée en partenariat avec le projet Rawthey — consistait à dormir à la belle étoile pendant trois nuits dans le Cumbria, afin d’approcher au plus près la réalité vécue par certains vétérans.
Parmi les participants, James Lowther décrit l’expérience comme une véritable « révélation ». Pas seulement à cause du froid ou de la fatigue, mais surtout à cause de l’isolement. Celui que beaucoup d’anciens militaires ressentent lorsqu’ils quittent les forces armées, parfois sans soutien immédiat, avec une sensation de rupture nette entre “avant” et “après”.

Au bout du chemin : un accueil au Masonic Hall de Workington
Le défi s’est conclu à Workington, au Masonic Hall, où proches, amis et soutiens se sont rassemblés pour marquer la fin de l’épreuve.
Les participants étaient accompagnés de Nick Wilson, responsable des francs-maçons du Cumberland et du Westmorland, et de Brian Capstick, fondateur et chef de projet du projet Rawthey.
Ce projet, mis en place en 2014, apporte un soutien concret aux vétérans vulnérables et au personnel des services d’urgence, souvent confrontés à des difficultés lourdes : précarité, isolement, et surtout des problématiques de santé mentale insuffisamment prises en charge.
“Comprendre” en se mettant à la place de l’autre
Brian Capstick — ancien militaire avec de nombreuses années de service — a alerté sur une réalité souvent invisible : des parcours de soins fragmentés, des besoins non satisfaits, et un sentiment d’abandon qui peut s’installer après la sortie de l’armée.
Il souligne aussi une différence essentielle : certaines organisations affichent le soutien comme un “label”, là où d’autres s’engagent réellement.
Et son constat est direct : ce défi n’est pas une opération de communication, mais une manière d’éprouver dans le corps une part de ce que vivent certains anciens combattants sans-abri.
« Vous vous exposez à des souffrances extrêmes pour comprendre les réalités de la vie d’un ancien combattant sans-abri. »
Des témoignages qui laissent une trace
Les participants ont également entendu plusieurs récits de personnes soutenues par le projet Rawthey, dont celui de Paul, ancien soldat des Royal Scots passé ensuite par une unité de reconnaissance liée au SAS.
Après un traumatisme crânien survenu en 2006, son parcours s’est dégradé jusqu’à une sortie de l’armée en 2017, suivie d’une période d’internement. Un exemple parmi d’autres, rappelant que derrière les mots “vétéran” ou “ancien combattant”, il y a des trajectoires humaines souvent marquées par des blessures invisibles.
“Plus que des paroles”
Scott Norris, autre participant, résume l’épreuve avec une précision qui fait comprendre immédiatement :
« Marcher 61 kilomètres avec un sac à dos est épuisant, surtout quand on ne mange pas correctement et qu’on essaie de trouver un endroit sûr pour dormir. »
Il raconte aussi la peur ressentie lorsqu’il a entendu quelqu’un rôder près de son abri, vers 1h du matin, alors qu’il était incapable de réagir depuis son sac de couchage. Une peur simple, primitive, qui n’a rien d’abstrait.
Une charité qui colle aux valeurs maçonniques
Pour Neil Dixon, porte-parole des francs-maçons de Cumbria, ce défi touche au cœur même de ce que l’on attend d’un engagement fraternel : agir.
« Ce défi renforce une conviction profonde : le soutien aux anciens combattants doit se traduire par plus que de simples paroles. »
Dans un monde où les causes se partagent parfois plus vite qu’elles ne se servent, ce type d’action ramène à l’essentiel : être présent, se rendre utile, et accepter l’inconfort pour que d’autres ne soient pas oubliés.
Trois nuits à la belle étoile ne résoudront pas, à elles seules, la crise du sans-abrisme chez les vétérans. Mais elles peuvent faire mieux que beaucoup de discours : rendre visible, rendre concret, et déclencher une prise de conscience.
Et parfois, c’est précisément ainsi que commence le vrai travail.
Source : https://www.newsandstar.co.uk/


