La crypto a le parfum des grandes promesses : liberté, décentralisation, transparence. Elle parle à l’esprit de notre temps, fatigué des guichets, des opacités, des “on verra”. Sur le papier, l’idée est belle : reprendre la main.
Mais ce qui me frappe, ce n’est pas la technologie. C’est la liturgie qu’elle a fait naître : ses prophètes, ses slogans, ses foules, ses anathèmes. Et surtout cette confusion permanente entre prix et sens. On prend la courbe pour la vérité, le gain pour la preuve, l’euphorie pour la liberté.

En loge, on apprend — ou l’on devrait apprendre — que la valeur ne suffit pas : il faut du valable. Ce qui tient, ce qui élève, ce qui construit. Or la spéculation est une ivresse : elle déteste la mesure, elle fabrique du bruit, elle nourrit l’ego, et elle donne l’illusion d’avoir “compris” quand on a simplement “gagné”.
La crypto agit alors comme un miroir. Elle révèle notre rapport à l’argent (peur, revanche, avidité), au temps (tout, tout de suite), à la communauté (chercher la lumière… ou se rassurer dans l’entre-soi). Elle réactive surtout une vieille tentation : vouloir le salaire sans le travail. La pierre brute ne se taille pas à coups de tweets ni au rythme des bougies vertes.
La décentralisation, enfin, n’est pas qu’un mot technique : c’est une exigence morale. Quand il n’y a plus de centre, chacun doit se gouverner. Discernement, prudence, retenue, éthique : tout ce que la frénésie du marché sabote en premier.
Je ne diabolise pas la crypto : elle peut être un outil. Je me méfie de l’idole. Car l’idole promet le salut sans transformation. Et la vraie question n’est pas “qu’est-ce qui va monter ?” mais : qu’est-ce que je cherche là-dedans ? Liberté, sécurité, reconnaissance, frisson, fuite ?
Le compas et l’équerre rappellent une règle simple : la mesure. Si tu ne comprends pas, tu ne maîtrises pas. Si tu perds ta paix, tu as déjà payé trop cher. Et si tu gagnes en profit mais perds en rectitude, tu as simplement changé de chaîne.
Billet d’humeur maçonnique de GADLU.INFO


