MISCELLANÉES MAÇONNIQUES
par Guy Chassagnard
Chronique 465
1905 – Quand l’État abandonne l’Église

L’adoption le 2 juillet 1905, par la Chambre des députés, d’une Loi dite de « séparation des Églises et de l’État » clôt une période politique et sociale particulièrement agitée de l’histoire de la France moderne ;
Une période commencée par la chute de l’Empire (1870) et la Commune de Paris (1871), nourrie des lois sur l’enseignement public (1880-82), la liberté de la presse (1881) et les associations (1901), des affaires Dreyfus (1894) et des fiches du Grand Orient de France (1904), de la naissance de la Ligue des droits de l’homme (1898), de la création enfin des partis républicain, radical et radical-socialiste (1901) et de la S.F.I.O. (1905).

Rédigée par Aristide Briand, qui n’était pas franc-maçon, adoptée à la Chambre des députés à l’instigation de Maurice Rouvier, qui l’était, sous les auspices d’un président de la République libéral mais profane, Émile Loubet, cette loi ne peut, contrairement aux affirmations du passé, être considérée comme une œuvre, voire un « chef d’œuvre » purement maçonnique.
Il est vrai que son élaboration a impliqué un certain nombre de francs-maçons, mais encore de nombreux profanes qui ont apporté leur pierre à la construction de l’édifice républicain.
Si bien qu’il faut considérer que la séparation des Églises et de l’État est le fruit de la République et des républicains avant que d’être celui des francs-maçons.
Souvenons-nous, à ce propos, de quelques faits et événements qui ont conduit à la Loi de 1905, matrice d’une « laïcité » qui, suite à l’importation en France de religions nouvelles, reste encore, de nos jours, à définir et à appliquer :
✦ Sous l’ancien Régime, l’Église (en l’occurrence catholique et romaine) administre ses biens, entretient ses édifices et subvient aux besoins des membres de son clergé.
✦ La Révolution confisque les biens de l’Église et rétribue temporairement les ministres du culte à qui elle fait prêter un serment de fidélité à la nation.
✦ Le Concordat de 1801 détermine les relations devant prévaloir entre l’État français et le Saint-Siège. Les biens religieux confisqués ne sont pas rendus ; mais le clergé français est rétribué par l’État.
✦ Victor Hugo (profane) fait entendre sa voix en 1850, à l’Assemblée nationale, pour préconiser « cette antique et salutaire séparation de l’Église et de l’État, une utopie de nos pères ». Que l’État soit chez lui « et l’Église chez elle ».
✦ En 1872, Léon Gambetta (franc-maçon) s’élève dans un discours contre « un parti qui est l’ennemi de toute indépendance, de toute lumière et de toute stabilité, car ce parti est l’ennemi déclaré de tout ce qu’il y a de sain, de tout ce qu’il y a de bienfaisant dans l’organisation des sociétés modernes : le cléricalisme ».
✦ De son côté, Émile Zola (profane) stigmatise « l’éternelle besogne d’envahissement et d’asservissement » d’une Église rejetant la France «oaux ténèbres et aux misères du passé ».
✦ En 1880, alors que Jules Grévy (profane) exerce les fonctions de président de la République, le gouvernement de Jules Ferry (franc-maçon) autorise le dépôt des crucifix des écoles publiques.
✦ En 1896, le convent du Grand Orient de France se prononce pour la suppression de toute référence aux « devoirs » envers Dieu dans les manuels scolaires, et vote l’octroi d’un prix destiné à récompenser l’auteur d’un « Catéchisme républicain ».
Guy Chassagnard, franc-maçon de tradition, attaché à l’histoire de ce qui fut jadis le Métier de la Maçonnerie avant de devenir la Maçonnerie spéculative des Maçons libres et acceptés, met en chroniques ce qu’il a appris dans le temple et dans les textes au fil de quarante années de pratique. Selon son principe : Apprendre en apprenti, comprendre en compagnon, partager en maître.
© Guy Chassagnard — Auteur de :
- Le Dictionnaire de la Franc-Maçonnerie (Segnat, 2016)
- La Franc-Maçonnerie en Question (Dervy, 2017)
- Les Constitutions d’Anderson (1723) & la Maçonnerie disséquée (1730) (Dervy, 2018)
- La Chronologie de la Franc-Maçonnerie (Segnat, 2019)
- Les Annales de la Franc-Maçonnerie (Segnat, 2019)


